L’Afrique du sud se dote d’une importante centrale à charbon

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À quelques jours d’intervalle, le gouvernement sud-africain a annoncé l’adoption d’un plan industriel axé sur les initiatives vertes et la construction d’une centrale à charbon dans le nord du pays. Un paradoxe ? Pas vraiment, au regard de l’urgence de la situation en Afrique du Sud en matière de production d’énergie. « Nous avons le choix, mais pas le luxe de nous diriger vers des énergies plus propres, mais chères et dont la production est incertaine », confirme Keith Brebnor, président de la Chambre de commerce de Johannesbourg (JCCI).

 

 

En seize ans, le réseau électrique est passé d’une couverture de 30 % de la population à 88 %, sans être soutenu par aucun investissement majeur en termes d’infrastructures. Résultat, au début 2008, Eskom, le fournisseur national d’électricité, avait dû procéder à des délestages massifs qui avaient privé pendant plusieurs jours les mines d’électricité. Des pertes considérables pour les exploitants alors très en colère. La construction de cette centrale à charbon sera rendue possible grâce à un prêt de la Banque mondiale d’un montant de 2,8 milliards d’euros, qui permettra de moderniser les infrastructures dans leur ensemble. Eskom en sera bénéficiaire. Le coût total de cette installation atteint les 7,3 milliards de dollars, soit 5,8 milliards d’euros. Les six unités du site devraient augmenter le potentiel électrique du pays près de 12 %. Une amélioration indispensable, d’autant plus que l’Afrique du Sud vend son électricité à ses voisins.

 

Sous-investissement

Après les incidents de 2008, la société Eskom avait lancé un vaste programme de renouvellement de ses équipements à hauteur de 34,5 milliards d’euros. Victime d’un sous-investissement massif et d’immenses pertes liées aux connexions électriques illégales, la compagnie avait annoncé l’augmentation de 45 % du prix de l’électricité sur trois ans. Un coût très difficile à supporter pour les ménages et les entreprises sud-africaines. « Ce prêt, le premier accordé à l’Afrique du Sud depuis la chute du régime de l’apartheid il y a seize ans, devrait bénéficier aux populations les plus pauvres et créer de l’emploi au moment où l’économie rebondit », avait déclaré la Banque mondiale à l’issue de cette annonce.

 

Une justification qui ne convainc pas les défenseurs de l’environnement : l’énergie fabriquée à partir du charbon est la plus polluante qui soit. L’Afrique du Sud est déjà responsable de 50 % des émissions de gaz à effet de serre du continent africain et cette centrale nécessitera l’ouverture de nouvelles mines destinées à fournir les 14,6 millions de tonnes de charbon nécessaires chaque année pour faire tourner l’usine. Un désastre écologique alors que le mot « réchauffement climatique » est sur toutes les lèvres… dans les pays du Nord. Des organisations et des bailleurs de fonds avaient fait pression pour empêcher l’octroi de ce prêt, mais rien n’y a fait. Sur la somme totale, 260 millions de dollars (soit environ 206 millions d’euros) serviront à financer un parc de production d’énergies vertes. Cent mégawatts seront ainsi produits grâce à des panneaux solaires et des éoliennes, l’expérience la plus importante jamais réalisée dans un pays en développement. « Le point positif est que nous bénéficierons des techniques les plus modernes et les plus propres de brûlage du charbon », poursuit Keith Brebnor. Pas suffisant pour rassurer : le choix du charbon choque. Ce dilemme illustre les difficultés des pays émergents à favoriser les énergies vertes dans leur plan de production d’énergie. Et au-delà, celles de la Banque mondiale à concilier ses exigences de soutien à la lutte contre le réchauffement climatique avec celles de développement.

 

Fracture Nord-Sud

Car le gouvernement sud-africain a dressé un constat que la Banque mondiale n’a pu qu’approuver : il lui est impossible de renoncer à la centrale de Medupi pour réduire l’insécurité énergétique du pays. « Il n’y a pas d’alternative au charbon à court terme », a admis la Banque mondiale. Pour des pays membres du Conseil, tels que les États-Unis, le Royaume-Uni ou la France, il est difficile d’accepter de cautionner un projet qui s’imposera comme la quatrième plus grande centrale au charbon dans le monde et donc l’un des sites industriels les plus polluants de la planète. Les pressions des grandes nations occidentales sur les institutions de financement multilatérales, dont la Banque mondiale, ont d’ailleurs froissé d’autres pays émergents, qui ont aussi de forts besoins en électricité. « C’est une question difficile à débattre. Nous voulons protéger l’environnement, mais notre économie est déjà affectée par les coupures. Nous ne pouvons pas nous permettre de ternir notre image et faire fuir les investisseurs étrangers », affirme le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Johannesbourg. Et cette fracture reflète encore la difficulté de remplacer le protocole de Kyoto, qui prend fin en 2012 et avait abouti à un accord a minima lors du sommet de Copenhague en 2009. Les plus grands pays émergents comme l’Inde, la Chine, le Brésil et l’Afrique du Sud n’avaient pas annoncé de chiffre de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, insistant sur le fait que leurs maîtrises ne pourraient s’opérer sans transferts financiers et technologiques des pays riches, responsables selon eux de la situation climatique actuelle.

 

En clair, ils ne veulent, ni ne peuvent, s’impliquer dans le processus global de réduction des gaz à effet de serre. « Nous devons nous impliquer, mais nous ne pouvons pas avoir les mêmes objectifs. C’est facile pour les pays déjà développés de faire des économies d’énergie. Nous devons d’abord arriver au même niveau de développement qu’eux », conclut Keith Brebnor. Dans ces pays, l’augmentation des capacités énergétiques à base de charbon devrait atteindre 250 000 MW de 2010 à 2020. Une situation d’urgence que ne connaissent pas les pays industrialisés.

 

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