L’Allemagne planche sur un salaire minimum légal

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S’ils venaient à se mettre d’accord à la mi-mars, les deux partis de la coalition gouvernementale, les chrétiens-démocrates et les libéraux, écriraient une nouvelle page de l’histoire sociale allemande. Le projet porte sur l’instauration d’un salaire minimum légal. Une révolution dans l’un des six derniers pays d’Europe à ne pas avoir de SMIC. En Allemagne une coiffeuse gagne, en toute légalité, 4 euros de l’heure, une vendeuse 5, 70 euros et une serveuse 6,20 euros. Les disparités régionales font qu’un intérimaire est payé 7,79 euros ou 6,89 euros de l’heure selon qu’il travaille à l’ouest ou à l’est du pays. Au total, 6,5 millions d’Allemands sont employés dans un secteur à bas salaire et payés aux deux tiers du salaire médian national.

 

Longtemps décrié par les syndicats eux-mêmes, un salaire minimum à 8,50 euros pour tous est désormais réclamé à cor et à cri par la toute puissante confédération des syndicats allemands, DGB (Deutsches Gewerkschaftsbund). “Il est vrai qu’autrefois notre position consistait à nous appuyer sur les accords salariaux de branche et à proscrire toute intervention de l’État”, reconnaît un porte-parole du DGB. Et de se justifier: “Les réformes du marché de l’emploi introduites en 2005 dans l’Agenda 2010 (sous le gouvernement Schröder, ndlr) et notamment la création des mini-jobs à 400 euros par mois ont changé la donne.” Ces emplois au rabais, défiscalisés, ne prévoient aucun volume d’heures et donnent lieu à toutes les dérives. Il faut y ajouter le nombre de plus en plus important d’entreprises qui se soustraient aux conventions collectives. Alors que 76% des salariés à l’ouest (63% à l’est) travaillaient en 1998 dans une entreprise ayant ratifié les accords de branche, ils n’étaient plus que 63% (50% à l’est) en 2010.

 

Une majeure partie de l’Union chrétienne-démocrate, rejointe par les sociaux-démocrates et les syndicats, est décidée à supprimer cette zone d’ombre sur les salaires allemands. Les libéraux sont plus difficiles à convaincre, tout comme les organisations patronales. “Un salaire minimum général comme le SMIC français, qui ne tient pas compte des spécificités des branches ni des régions, est contraire aux principes de l’économie sociale de marché. Des salaires qui sont tout à fait supportables dans des régions économiquement fortes peuvent conduire au chômage dans des régions structurellement plus faibles en forçant, dans le pire des cas, à la rationalisation dans les entreprises”, estime Luitwin Mallman, secrétaire général de la Landesvereinigung der Unternehmensverbände Nordrhein-Westfalen e.V, l’équivalent du MEDEF de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. À l’instar de l’ensemble des fédérations professionnelles, il estime qu’un salaire minimum légal serait “une attaque contre l’autonomie tarifaire.” Comme souvent en Allemagne, un compromis pourrait être trouvé. Il s’agirait alors d’imposer un salaire minimum légal uniquement aux branches et aux régions qui ne disposent pas d’accords salariaux. Il existe aujourd’hui 74 000 accords salariaux sur l’ensemble du territoire allemand. Mais nombre d’entre eux comportent un salaire horaire minimum inférieur à huit euros.