Laurent Wauquiez, secrétaire d’État français chargé de l’Emploi, vante l’alternance

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Dans le cadre de mes fonctions, je suis très rarement confronté à des sujets qui entraînent l’assentiment de tous, notamment en termes de formation et d’insertion professionnelle, mais le constat qui suit est sans appel : à plus de 95 %, les employeurs français, allemands et britanniques considèrent que l’apprentissage est le meilleur dispositif de formation professionnelle, selon une enquête CCIP / Infraforces de l’année dernière. Si l’organisation concrète de cette formation diffère entre ces pays, les clés du succès restent les mêmes pour les jeunes : un temps de formation composé de séquences théoriques et pratiques ; une mise en situation professionnelle pour une durée significative ; une relation privilégiée avec un tuteur. En effet, en dépit d’une histoire et de traditions très différentes en ce qui concernent nos systèmes éducatifs, plusieurs pays européens sont arrivés au même constat : le système pédagogique classique dans lequel on s’est efforcé d’intégrer tous les jeunes pendant trop longtemps, alors que certains ne s’épanouissent que dans la mise en application d’un savoir réel, avec une pédagogie dynamique, n’est pas adapté aux enjeux de notre société actuelle.

 

Si certains pays européens ne tirent pas encore la conclusion des échecs de certains jeunes qui auraient pourtant tout à gagner d’un parcours dynamique en lien avec le monde professionnel, vecteur d’insertion sociale, nos confrères allemands et danois sont très avancés dans ce domaine. Ainsi, en Allemagne, près de 55 % d’une classe d’âge, soit 1,6 million d’apprentis, est engagée dans cette voie de formation essentiellement dans les PME. La formation des jeunes y repose essentiellement sur le système dual, avec une formation alternante de trois ans en entreprise et en école professionnelle. Au Danemark, l’apprentissage concerne tous ceux qui sont dans la voie professionnelle – soit la moitié des jeunes du second cycle du secondaire. Le dispositif commence par une formation de base dans un établissement, puis les jeunes intègrent une entreprise pour une durée allant de 2 à 3 ans et demi. Et tous s’accordent sur le fait que l’alternance est une voie d’excellence en matière d’insertion avec, par exemple, un taux d’accès record à l’emploi durable de plus de 70 % en France. Car le défi aujourd’hui pour notre société est de réussir à intégrer nos jeunes et combattre ce que je considère être un fléau pour notre société : le chômage des jeunes de moins de 25 ans, qui s’élève à 20 % en Europe. Comment ne pas concentrer ses efforts pour développer un mode de formation en lien avec le monde professionnel, quand un jeune sur cinq ne trouve pas de travail – et pas d’avenir – à la sortir de ses études ?

 

Notre devoir est de bousculer des systèmes de pensée qui ont la vie longue, notamment en convainquant les jeunes et les familles que cette formation est la solution : que l’on souhaite être artisan, chef d’entreprise, maçon, ingénieur en génie civil ou travailler dans les ressources humaines, l’alternance, c’est l’assurance de pouvoir être rapidement en contact avec la réalité de ces professions. Le paradoxe de la situation actuelle, ce sont des jeunes qui s’intègrent professionnellement, de multiples expériences convaincantes, mais un système de formation qui peine à séduire un public pour lequel il serait parfaitement adapté. En comparant avec l’Allemagne, on s’aperçoit que nos méthodes de formation sont proches, et notre ambition commune. C’est pourquoi, au cours des derniers mois, on a assisté à une mobilisation générale du gouvernement pour soutenir l’alternance : nous avons mis en place des aides exceptionnelles en faveur de l’embauche de jeunes, et 500 développeurs de l’apprentissage et de l’alternance sur le terrain afin de faciliter les procédures d’embauche par les entreprises. Pour nous donner les moyens de notre ambition – un jeune sur cinq en alternance à l’horizon 2015 – et pour aller plus loin, nous avons lancé, à la suite de la remise du rapport Proglio, et afin de trouver des solutions concrètes et opérationnelles, les ateliers de l’apprentissage et de l’alternance. Les travaux des ateliers doivent très prochainement apporter des réponses à trois questions :

 

– Comment aider le jeune en alternance dans sa vie quotidienne (aide à trouver une entreprise, aide au logement ou à la mobilité, aide à trouver la bonne formation…) ?
– Comment développer l’alternance partout et pour tous (dans tous les métiers et pas seulement les métiers manuels, à tous les niveaux de diplôme et donc y compris dans les grandes écoles, pour tous les employeurs y compris les employeurs publics) ?
– Comment aider enfin les entreprises à s’engager encore davantage dans les formations en alternance en simplifiant les démarches et les financements ?

 

Notre ambition dans le cadre de ces travaux est de nous inspirer des bonnes pratiques, que ce soit à l’échelon européen ou à l’échelon des territoires, et d’envisager leur mise en œuvre, avec l’ambition que la France représente dans quelques années un modèle pour d’autres pays qui chercheraient des solutions pour améliorer le taux d’accès à l’emploi des jeunes. Ces ateliers ont notamment réfléchi à la question de la mobilité européenne, qui pourrait constituer un plus pour les jeunes en leur permettant de s’enrichir de différentes cultures et de gagner en autonomie. Avec la mise en place du programme ECVET par la Commission européenne, nous pouvons y croire et nous laisser porter par l’idée de voir dans un futur proche nos jeunes apprentis devenir de véritables ambassadeurs de cette formation d’excellence.

 

Sources : CCIP & Intraforces, L’apprentissage vu par les entreprises allemandes, françaises et britanniques, 2008. CCIP, Les entreprises européennes et l’apprentissage, novembre 2008.

 

 

Pour débattre : la critique des Chambres de commerce
L’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI) s’est élevée fin janvier contre l’une des pistes de la réforme de l’apprentissage évoquée en décembre par le rapport Proglio, consistant à centraliser la collecte de la taxe finançant notamment les centres de formation des apprentis. « Depuis 12 ans, tout le monde attaque le problème de l’apprentissage à partir du financement (…), la taxe d’apprentissage serait détournée aux dépens des formations professionnelles : c’est faux. Elle ne serait pas lisible, coûterait trop cher… il faut arrêter ! », a déclaré le président de l’ACFCI, Jean-François Bernardin, à l’adresse de Laurent Wauquiez. « Le cycle de collecte de la taxe d’apprentissage est probablement de très loin le plus économique, le plus transparent et le plus efficace de France » et « la centralisation de la matière ne permet pas une adaptation suffisamment rapide à la diversité des besoins des entreprises », a ajouté Jean-François Bernardin. En aparté avec le secrétaire d’État, il a qualifié de « suicidaires » certaines propositions du rapport Proglio, avec lequel il s’est dit cependant « d’accord sur l’essentiel ».

 

(Source : AFP)

 

 

Les ateliers de l’apprentissage et de l’alternance
Laurent Wauquiez a lancé au début de l’année les ateliers de l’apprentissage et de l’alternance pour développer et promouvoir cette voie d’excellence d’insertion sur le marché du travail. Au menu des trois ateliers qui ont été mis en place : améliorer la vie quotidienne des jeunes en alternance ; développer l’alternance partout et pour tous ; aider les entreprises à s’engager davantage dans l’alternance. Ces trois ateliers, pilotés par deux DRH et un directeur du développement durable de grandes entreprises, se penchent sur des questions concrètes : comment aider les jeunes dans leur vie quotidienne (logement, transport, recherche d’entreprise, choix de la formation…) ; comment développer l’apprentissage et l’alternance dans les métiers des services à la personne dans les grandes écoles ou universités et dans la fonction publique territoriale ; comment inciter les entreprises à s’engager davantage dans l’alternance ? Pour que ces ateliers ne se réduisent pas à un débat d’experts et permettent au plus grand nombre de s’exprimer par des témoignages et des propositions, un site Internet a été créé. Les conclusions, attendues fin février, auront vocation à déterminer un plan d’action concret pour lever les freins structurels et atteindre l’objectif ambitieux d’1 jeune sur 5 à l’horizon 2015.