Le boom annoncé des logiciels carbone

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Photo : D.R.
Le marché des logiciels de gestion des émissions de carbone va connaître une forte croissance. Les éditeurs sont dans les starting-blocks.

Contraintes réglementaires et développement durable constituent de formidables leviers de croissance pour les éditeurs de logiciels de gestion carbone.
Selon Pike Research, un cabinet américain d’analystes spécialisés dans les technologies propres, ce marché de la gestion des émissions de carbone va connaître une croissance de 40 % d’ici à 2017. En 2009, la vente dans le monde des logiciels et services a déjà atteint 380 millions de dollars (281 millions d’euros). En France, l’obligation pour les entreprises de plus de 500 salariés de réaliser un bilan carbone avant le 31 décembre 2012 et de le mettre à jour tous les trois ans va tirer le marché vers le haut. Une aubaine pour les éditeurs de logiciels de gestion carbone. Parmi les plus connus, les Britanniques Carbon Hub et Greenstone Carbon Management, les Américains Enviance, le Canadien ENX et les Français Enablon et Verteego.
Bien sûr, les grands éditeurs de progiciel de gestion intégrée (PGI ou ERP, Enterprise Resource Planning) sont sur les rangs. SAP dispose de son propre module grâce au rachat de Clear Standards. De son côté, Sage intègre dans son ERP une fonctionnalité délivrée par Verteego. Ce panorama va s’enrichir progressivement avec l’arrivée de modules dédiés intégrés au sein de logiciels métiers. C’est le cas, entre autres, pour PTC et DS Solidworks Corp., deux éditeurs majeurs de PLM (Product Lifecycle Management).
« Tous ces logiciels comptent une méthode de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre », explique Laurence Gouthière, chargée de mission pour l’animation et la diffusion du Bilan Carbone® à l’Ademe, l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. La plus utilisée par les groupes internationaux étant
le GHG Protocol, le GreenHouse Gas Protocol, compatible avec la norme ISO 14064 (management environnemental). Idem d’ailleurs pour la méthode Bilan Carbone® adoptée en France.
Ces logiciels renferment également un convertisseur qui traduit en équivalent CO2 les flux physiques générés par l’activité de l’entreprise, comme la consommation d’énergie des usines et des bâtiments ou les kilomètres parcourus par les salariés et les marchandises… On s’en doute : le résultat affiché présente une marge d’incertitude sachant que les facteurs d’émission se basent sur des valeurs moyennes. Peu importe. « L’important, c’est de se baser sur un niveau de départ qui va servir de référence pour mener des actions de réduction des émissions de GES [gaz à effet de serre ; GreenHouse Gas, nldr] », estime Thierry Rudowski, cofondateur de Zen’to, un intégrateur spécialisé dans les logiciels de gestion carbone.
La collecte des informations peut se faire, soit à la main, si l’entreprise ne dispose que d’un tableur graphique dédié comme Microsoft Excel ou OpenOffice Calc – c’est d’ailleurs ce que propose la méthode Bilan Carbone® élaborée par l’Ademe –, soit de manière automatique. Les logiciels les plus performants récupèrent des données provenant de n’importe quel ERP. Enablon et Verteego récupèrent même des informations fournies par des capteurs. La collecte des données alimente ensuite des tableaux de bord de reporting (rapports, ndlr). Les utilisateurs vont ainsi visualiser les actions prioritaires à mener. « Notre approche analytique permet aux utilisateurs de savoir comment est dépensé le carbone et qui est le plus gros consommateur », explique Jérôme Cornillet, responsable de l’offre développement durable chez SAS, un éditeur de logiciel de gestion. « Ensuite, l’outil évalue sur quels types de métier les actions seront les plus profitables. »
SAP excelle sur ce terrain. « En plus des tableaux de bord financiers et marketing, notre logiciel délivre un outil de simulation financière de gestion carbone », souligne Hélène Joubert, responsable solutions développement durable chez SAP. « L’utilisateur peut ainsi prévoir l’impact d’une hausse du prix des matières premières, hiérarchiser
les actions et les piloter », poursuit la spécialiste, qui rappelle que l’environnement constitue désormais l’un des critères majeurs de la mesure de la performance financière des entreprises.
Disponibles surtout en mode SaaS (Software as a Service, location à la demande sur Internet) pour un coût allant de 7 000 à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un groupe de 500 personnes et en fonction du nombre d’applications, tous ces logiciels sont amortis en moins d’un an. Principaux gains : la diminution des dépenses énergétiques, mais aussi l’anticipation des risques financiers encourus. Les utilisateurs peuvent en effet simuler une hausse de prix du pétrole ou du gaz et voir aussitôt l’impact sur leur marges. D’où l’idée de Carbon Hub d’ajouter à son outil un réseau social. De sorte que les projets de réduction d’énergie puissent se dérouler en mode collaboratif pour une plus grande efficacité.