Le marché pétrolier sort de sa léthargie

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Le pétrole pourrait rebondir dans le sillage du dynamisme des marchés émergents, à moins que l’Opep intervienne.

Depuis près d’un an, les cours du pétrole évoluent dans une fourchette de 70 à 80 dollars le baril (54 à 61 euros). Les volumes de production officiels de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep), qui contrôle près de 40 % de la production mondiale, sont stables à 29 millions de barils par jour. De leur côté, les réserves de pétrole de l’OCDE continuent de fluctuer autour de soixante jours depuis 18 mois. Mais ce statu quo sur le marché pétrolier pourrait évoluer d’ici douze mois, estime l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son dernier rapport mensuel.
Certes, les incertitudes sur la croissance économique mondiale risquent de se traduire par « un plafonnement des prix au cours des 12-15 prochains mois ». Mais le scénario de référence de l’AIE, qui défend les intérêts des pays consommateurs, suggère plutôt le retour des tensions sur les marchés à partir de la mi-2011 avec la montée en puissance de la demande asiatique.
Pour preuve, les cours du brut ont rebondi ces dernières semaines, passant de 72 à 78 dollars (55 à 60 euros), soutenus par des indicateurs économiques encourageants en Chine, nouveau moteur de l’économie mondiale et deuxième pays consommateur de pétrole derrière les États-Unis. Les opérateurs pétroliers, qui s’inquiétaient de l’affaiblissement de l’économie chinoise, ont notamment salué l’accélération de la production industrielle en août à un rythme annuel de 13,9 %, contre 20,7 % en janvier et 13,4 % en juillet. Ces chiffres sont nettement supérieurs au consensus qui prévoyait la poursuite de la décélération du rythme de croissance de la production industrielle à 13 %.
Pour autant, l’hypothèse d’une nouvelle flambée des cours de pétrole, à l’image du pic de 147 dollars (113 euros) atteint par le baril en juillet 2008, n’est pas retenue par les analystes, pour raisons tant économique que politique.
D’un point de vue économique, la situation actuelle du marché est idéale pour l’Opep puisqu’à 70-80 dollars le baril, les pays membres touchent de confortables revenus sans pour autant déstabiliser les économies des pays de l’OCDE. Une forte progression des cours risque de pénaliser la reprise économique en cours et par conséquent réduire drastiquement la demande de brut. En outre, une flambée du pétrole rendrait encore plus compétitif le développement de nouvelles sources d’énergies comme les énormes gisements de pétrole non conventionnel découverts au Canada, les champs ultraprofonds au large du Brésil et le gaz non conventionnel américain… Sans oublier le nucléaire et les énergies vertes, en plein essor.
D’un point de vue politique, l’Opep a prouvé son efficacité en redressant le cours du pétrole après la crise de 2008. Ce succès a redonné de l’éclat à une organisation souvent critiquée pour son manque de cohésion. Les pays membres ont abaissé leurs quotas à plusieurs reprises permettant à l’or noir de retrouver un niveau élevé malgré la baisse de la consommation. Dans les prochains mois, alors que la reprise semble se confirmer, l’Opep aura sans nul doute à cœur de prouver qu’elle n’a rien perdu de son pouvoir en amortissant le rebond des prix du brut.