Le Pérou rassure les entrepreneurs

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Le nouveau président du Pérou, Ollanta Humala
Trois mois après son investiture, le gouvernement d’Ollanta Humala a tranquillisé les entrepreneurs qui s’étaient inquiétés de voir arriver un ex-militaire nationaliste à la tête du pays.

 

Les entrepreneurs péruviens n’ont jamais caché leur inquiétude face au programme présenté par le nationaliste de gauche Ollanta Humala durant la campagne présidentielle au premier semestre 2011. Longtemps comparé au président vénézuélien Hugo Chavez ou au voisin bolivien Evo Morales, l’officier de réserve péruvien avait beau assurer qu’il ne nationaliserait pas les secteurs clés de l’économie, un grand nombre d’entrepreneurs voyait en lui un danger direct pour le futur des investissements privés dans un pays qui, depuis 1990, s’était fait le chantre des théories libérales.

« Alors que le montant des investissements privés n’avait cessé de croître à un taux élevé entre 2006 et 2010, il a enregistré une décélération fin 2010 et début 2011, à cause des incertitudes dues à la campagne électorale et à la peur qu’a fait naître la politique économique que pourrait avoir Ollanta Humala une fois au pouvoir », constate le directeur de l’Institut d’économie et de développement des entreprises de la Chambre de commerce de Lima (IEDEC), Cesar Peñandera. Face à une situation politique inédite dans le pays, les investisseurs ont adopté une attitude de « méfiance et d’attente ». « Les entrepreneurs nationaux et étrangers qui avaient des investissements en cours ont continué, car cela leur aurait coûté trop cher d’arrêter les chantiers, mais ceux qui avaient seulement des projets d’investissement les ont repoussés », assure Cesar Peñaranda.

Un comportement qui explique pourquoi les investissements privés n’augmenteront que de 11 % en 2011, contre 14 à 16 % au cours des quatre années précédentes. Clairement opposés à la candidature d’Ollanta Humala, les entrepreneurs n’ont cependant pu éviter son élection début juin. Le nationaliste l’emporta face à Keiko Fujimori. Alors que la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, représentait la continuité du système en place, le nationaliste incarne le changement qu’il assure vouloir mettre en place à l’aide de tous les secteurs de la société. Dès le lendemain de l’élection, Ollanta Humala commence donc une opération séduction envers ceux qui l’ont jusque-là critiqué. Il se réunit ainsi avec la CONFIEP, le mouvement représentant les chefs d’entreprises, qui change soudain d’attitude et s’engage à soutenir le nouveau président. « Nous, les entrepreneurs réaffirmons notre engagement d’investir au Pérou et d’impulser sans arrêt la croissance et le développement du pays avec de l’inclusion sociale », déclare le syndicat des patrons.

Cependant, au-delà des déclarations, ce sont des gestes qu’attendent les entrepreneurs les plus sceptiques. Des gestes et surtout des nominations aux postes stratégiques qui n’ont pas tarder. « La peur des entrepreneurs s’est atténuée avec le maintien de Julio Velarde à la tête de la Banque centrale de réserve, mais aussi la nomination de Miguel Castilla comme ministre de l’Économie » explique Cesar Peñaranda. Vice-ministre dans le gouvernement sortant, Miguel Castilla rassure l’ensemble des secteurs économiques du pays, qui craignait un changement radical de politique. « Le message présidentiel du 28 juillet, durant lequel Ollanta Humala parle d’une croissance qui respecte les règles fiscales, a aussi été très important, car il évoque alors une croissance associée à la stabilité macroéconomique », souligne encore le directeur de l’IEDEC, qui estime que cette succession de faits a beaucoup pesé pour les investisseurs.

Le nouveau gouvernement a même réussi à s’entendre avec les entreprises du secteur minier, qui paieront désormais un impôt supplémentaire sur leur vente de minéraux. Cela devrait rapporter à l’État péruvien plus de 1 milliard de dollars (734,9 millions d’euros) supplémentaires par an. « Bien sûr, il faudra voir comment tout cela va s’effectuer sur le terrain. L’intervention du Premier ministre Salomon Lerner, un entrepreneur de surcroît, trente jours après le discours présidentiel, a encore ajouté un élément pour calmer les esprits », assure Cesar Peñaranda. Selon lui, la méfiance des entrepreneurs n’a pas totalement disparu à trois mois de l’investiture du président Humala. Les investissements reprennent toutefois peu à peu.

« Les investisseurs sont plus préoccupés par la crise internationale que par les problèmes internes », souligne Cesar Peñaranda. La CCI de Lima prévoit une hausse du PIB en 2011 de 6,5 %, un résultat permettant au Pérou de confirmer sa place parmi les leaders latino-américains. « Le pays est mieux préparé qu’en 2009 pour faire face à la crise. Mais s’il y a une récession mondiale, nous ne sommes pas blindés », avertit pourtant Cesar Peñaranda.