Le Pérou tente de lutter contre le trafic des médicaments

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D.R.
Au Pérou, l’union fait la force contre la falsification et la contrebande des médicaments. Le danger est encore plus grand avec la vente de produits périmés. Un délit qui n’existe pas dans le code pénal péruvien. Plus pour longtemps…

 

Grandes ou petites, et même parfois réduites à quelques médicaments entassés dans un meuble vitré… Les « boticas » ou pharmacies sont plus de 16 000 au Pérou (près de 22 700 en France) pour une population de 30 millions d’habitants. « Il faut remettre de l’ordre dans ce marché », tranche avec intransigeance Victor Dongo, le chef de la Direction générale des médicaments et des drogues (Digemid) du ministère péruvien de la Santé (Minsa), qui a augmenté le nombre des contrôles effectués auprès de ces établissements n’ayant pas toujours l’autorisation des pouvoirs publics pour fonctionner. Début décembre, 71 de ces pharmacies ont été fermées dans la seule région de Cusco, au sud du pays, pour « enfreinte aux normes de commercialisation ». Toutes ont été prises en flagrant délit de vente de médicaments abîmés, périmés ou falsifiés… Un marché juteux – 1 dollar investi dans ces mauvais médicaments en rapporterait 10, selon les autorités – qui peut se révéler, bien sûr, très dangereux pour les clients, certains médicaments périmés ou abîmés pouvant avoir des effets très négatifs sur la santé.

Certaines études considèrent ainsi le Pérou comme l’un des dix pays les plus affectés par la falsification et la contrebande de médicaments (selon l’Unifab, Pharmaceutical Security Institute). Cependant, pour Victor Dongo, ces résultats exposés au niveau international témoigment d’une mauvaise lecture. « Ces chiffres ne veulent pas dire qu’il y a plus de médicaments falsifiés au Pérou que dans le reste du monde, mais que nous réalisons plus de saisies que les autres, et que nous le rapportons », s’indigne le directeur de la Digemid, très impliqué dans la lutte contre la falsification de médicaments. En 2010, les autorités péruviennes ont confisqué plus de 15 tonnes de marchandises. Elles ont visité deux fois plus d’établissements (4 000) que l’année précédente. « Le problème de la falsification est un problème grave auquel aucun pays n’échappe », assure Victor Dongo. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il représenterait 10 % du marché mondial des produits pharmaceutiques. « Il est difficile d’avancer des données plus précises, car c’est comme demander combien de voleurs agissent dans un pays… On connaît le nombre de ceux qui ont été arrêtés, mais pas le total », insiste le directeur de la Digemid, qui ne sous-estime pas l’ampleur de ce « marché illégal de médicaments » : « Évidemment, le problème existe au Pérou et nous sommes face à une situation préoccupante, mais pas face à un phénomène en hausse. »

Au Pérou, la falsification ne représente que 1 % des produits saisis, mais le danger le plus grand vient de la vente de produits périmés (30 % des articles saisis). Il arrive aussi souvent que des médicaments génériques soient empaquetés dans de fausses boîtes de marques connues et soient ainsi vendus au prix élevé de ces produits au détriment du consommateur, mais aussi du fabricant. « Ce marché illégal a un impact commercial et économique important pour l’industrie pharmaceutique », dénonce Augusto Rey, directeur exécutif de l’Association nationale des laboratoires pharmaceutiques (Alafarpe). « On estime au Pérou que ces ventes illégales représentent 10 à 25 % du marché pharmaceutique, ce qui équivaut à 1 100 millions de dollars [soit 849,5 millions d’euros, ndlr] », ajoute-il encore. L’image de la marque et plus largement celle du laboratoire sont aussi affectées par ce marché illégal, dans le cas de la contrebande notamment.

« Vous pouvez, par exemple, trouver sur le sol péruvien des produits de Sanofi-aventis Inde », explique Gerardo De Eguiluz, directeur général de Sanofi-aventis au Pérou et en Bolivie : « Le problème est que ces produits sont entrés de manière illégale et sans aucun contrôle… Nous ne pouvons donc pas certifier que ces produits ont été transportés selon les normes. » Les laboratoires garantissent la validité de leurs produits testés dans certaines conditions, mais ne peuvent assurer leur efficacité dans un autre cadre. « Nous certifions l’usage de nos produits jusqu’à 24 ou 36 mois, mais au-delà, on ne peut garantir leurs effets. Or, ici, certains effacent la date de péremption et le revendent », accuse le directeur de Sanofi-aventis, pour qui il est cependant inutile de chercher à enseigner aux clients comment détecter les vrais des faux produits : « Nous-mêmes avons parfois du mal à les reconnaître tant certaines boîtes sont bien imitées… Même l’hologramme de sécurité est reproduit ! » Pour Sanofi-aventis, le marché péruvien représente quelque 25 millions d’euros : un petit marché – le 4e d’Amérique latine – pour les laboratoires, mais qui a du potentiel et croît fortement (8,4 % en 2010, 7 % attendus en 2011).

Tous collaborent donc à la lutte contre la falsification et la contrebande qui a pris une nouvelle envergure depuis la création, en 2006, du groupe multisectoriel de lutte contre la contrebande, le commerce illégal et la falsification de médicaments (Contrafalme), un organisme regroupant les autorités péruviennes (le ministère de la Santé, le ministère public, la police nationale, les impôts), des entités du secteur privé (Alafarpe, la Chambre de commerce de Lima…), mais aussi l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS). Prise en exemple au niveau international, cette alliance contre la falsification de médicaments porte peu à peu ses fruits. « Le Pérou fait un grand travail », reconnaît le directeur d’Alafarpe qui s’insurge toutefois, comme les autres membres de Contrafalme, contre l’impunité à l’encontre des trafiquants. « Le problème est qu’ici, personne ne va en prison pour avoir piraté des médicaments ou vendu des cachets périmés », constate Augusto Rey. « Au Brésil, c’est un délit passible de 10 à 15 ans de prison, au Mexique, de 5 à 15 ans, et pour nous, il n’existe même pas dans le code pénal», s’insurge Victor Dongo de la Digemid, qui attend qu’un projet de loi déposé au Congrès change enfin les choses en ce sens. « Il y a peu de temps encore, le Pérou faisait partie des pays très pauvres et on se préoccupait surtout de faire en sorte qu’il y ait des médicaments sur le marché et que les gens y aient accès », poursuit-il. « Aujourd’hui, l’accès aux médicaments n’est plus un souci, et garantir des produits de qualité est désormais notre nouvelle bataille. »