Le PIB américain n’a augmenté que de 0,6% entre 2007 et 2011

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L’économie américaine semble s’essouffler, alors que les marges de manœuvre sont très étroites.

Croissance en perte de vitesse, faibles créations d’emplois, chômage repartant à la hausse, aggravation du déficit budgétaire, faiblesse de la confiance des ménages et des entreprises… Le dynamisme économique américain semble marquer le pas. L’observation du PIB des États-Unis au cours des quatre derniers cycles en témoigne. Entre le début de la dernière récession (c’est-à-dire au quatrième trimestre 2007) et le premier trimestre 2011, le PIB américain n’a progressé que de 0,6 %. Or, à ce stade du cycle, celui-ci avait progressé de 3 % à la suite de la récession de 1980 et de quasiment 8 % après les récessions de 1990 et 2000, souligne Marc Touati, directeur de la recherche chez Assya Compagnie Financière.

 

Et le repli observé depuis quelques mois par la plupart des indicateurs de la conjoncture outre-Atlantique ne prête pas à l’optimisme. Même s’il reste encore au-dessus de la barre des 50 (qui représente la frontière entre la progression et le recul de l’activité), l’indice ISM des directeurs d’achat dans l’industrie a chuté de 7,9 points en trois mois pour atteindre un niveau de 53,5 en mai, le plus bas depuis septembre 2009. De même, après avoir rebondi au mois d’avril, l’indice de confiance des ménages a rechuté de 5,2 points en mai, à 60,8. Ce niveau reste très loin de l’optimisme habituel des Américains en phase de croissance forte, à savoir entre 100 et 110, de 2005 à début 2007, et même des plus hauts à 140 début 2000…

 

Par ailleurs, l’atonie durable des mises en chantier et des permis de construire confirme que la crise immobilière n’est toujours pas digérée. Avec un niveau annualisé d’environ 500 000, les mises en chantier demeurent loin de leurs niveaux normaux (autour de 1,2 million). Or, même si l’investissement logement ne représente que 4,5 % du PIB américain, il revêt un caractère psychologique déterminant, notamment en matière d’effet de richesse. Autrement dit, tant que l’immobilier ne redémarre pas, les ménages se sentent appauvris et ne parviennent pas à retrouver leur « fièvre acheteuse » habituelle, ce qui limite du coup la progression du PIB.

 

Enfin, couronnant ce contexte de mollesse économique, la forte rechute des créations d’emplois et la remontée du taux de chômage en mai confirment que la croissance US n’arrive plus à retrouver son dynamisme et que, ce faisant, elle ne dépassera pas les 3 % cette année. Ces résultats sont d’autant plus décevants qu’ils ont été réalisés en dépit d’une relance budgétaire et monétaire historiquement accommodante. Si bien qu’aujourd’hui, le gouvernement américain et la Réserve fédérale ont peu de marges de manœuvre.

 

Soit ces instances durcissent leur politique de manière à retrouver une certaine crédibilité, mais elles risquent alors de compromettre la reprise. Soit elles maintiennent une stratégie laxiste, et elles prennent alors le risque de voir la note de la dette publique dégradée et l’hégémonie du dollar attaquée. Or, il est clair que sans leur note AAA et sans la suprématie du dollar, les États-Unis redeviendront un « pays émergent » en difficulté qui peinera à financer ses multiples dettes.