Le retour du nationalisme économique

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Face au retour des OPA, les États cherchent à protéger leurs entreprises des prédateurs étrangers.

 

Les offres hostiles ont été en 2010 à leur plus haut niveau depuis quatre ans, conduisant les États à intervenir pour limiter les investissements étrangers, montre la dernière étude du cabinet d’avocat Allen & Overy (M&A Index). Devant la multiplication de ces opérations, notamment dans le secteur de l’énergie, des ressources naturelles et des technologies, les États n’ont pas hésité à recourir à des mesures de restriction des investissements étrangers pour empêcher la prise de contrôle d’entreprises dites « stratégiques ». Ainsi, en novembre dernier, le ministre de l’Industrie canadien a rejeté l’offre hostile de 40 milliards de dollars (29,7 milliards d’euros) lancée par le géant minier australo-britannique BHP Billiton sur le numéro un mondial des engrais, le groupe canadien Potash. Le gouvernement de Toronto a jugé que cette opération, la plus importante de l’année, n’était pas « à l’avantage » du Canada aux termes de la législation sur les investissements étrangers. « La loi sur l’investissement du Canada doit garantir que les grands investissements dans notre écono-mie apportent vraisemblablement un avantage net au Canada », s’est justifié le ministère de l’Industrie.

Les pouvoirs publics ont empêché BHP Billiton de contrôler plus d’un cinquième des réserves mondiales de potasse. En décembre dernier, le gouvernement français a mis son veto à la tentative de rachat d’Ingenico, numéro deux mondial des terminaux de paiement, par le conglomérat américain Danaher. Selon l’Élysée, Ingenico est « essentiel » à l’industrie électronique hexagonale. Le président Sarkozy avait prévenu auparavant qu’il empêcherait les sociétés françaises considérées comme « stratégiques » de tomber entre les mains de « prédateurs étrangers ». Parmi les autres évolutions marquantes de la période, l’étude d’Allen & Overy souligne que les opérations impliquant les pays émergents, notamment le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, ont dominé le marché des fusions-acquisitions, en particulier dans les domaines de l’énergie et des ressources naturelles. Par ailleurs, les secteurs des biosciences et des TMT (technologie, média et télécommunications) ont connu un regain d’activités au cours de l’année 2010 et devraient continuer à être actifs en 2011. Enfin, la crise de la dette souveraine semble avoir entamé la confiance sur certains marchés, mais n’a, jusqu’à présent, que peu affecté le volume des opérations, notamment dans le secteur des services financiers. La crainte d’une nouvelle vague de nationalisations de banques et la cession des actifs « toxiques » des banques devraient se traduire, le moment venu, par de nouvelles opérations de fusions-acquisitions dans ce domaine. L’étude montre que 967 cessions d’actifs et de filiales ont été enregistrées en 2010, pour une valeur globale de 780 Md de dollars (577 Md€), en augmentation de 34 % par rapport à 2009. Le nombre de fusions est à son plus haut niveau depuis 4 ans avec 29 opérations en 2010, contre 21 en 2007.