Le Royaume-Uni muscle sa réforme bancaire

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L’organisme représentant les chambres de commerce outre-Manche met en garde contre ses conséquences négatives pour les PME.

 

La régulation légère dont avaient bénéficié les établissements financiers britanniques durant les années 90 appartient désormais au passé. Le Chancelier de l’Echiquier George Osborne a définitivement opté pour la manière forte. À l’occasion d’un discours  prononcé au sein de la banque américaine JP Morgan à Bournemouth, dans le sud de l’Angleterre, le 4 février dernier, le ministre a menacé de démanteler purement et simplement les banques britanniques si elles avaient la mauvaise idée de ne pas se conformer aux nouvelles règles en matière de réglementation financière : « nous n’allons pas répéter les erreurs du passé (…) nous allons prendre les devants en nous armant » a-t-il indiqué. 

 

 

Alors que le projet de loi sur la réforme bancaire était envoyé le jour-même devant la Chambre des Communes, George Osborne a décidé d’aller beaucoup plus loin que les recommandations initiales publiées par la commission bancaire indépendante (ICB) : à la place d’une filialisation des activités de détail et d’investissement, le ministre des finances  a soutenu l’idée défendue par une commission parlementaire fin décembre d’une« électrification de la cloison » entre activités de détail et d’investissement. Autrement dit, il s’agit d’inscrire au sein de la loi la séparation pure et simple de ces activités si le cantonnement s’avérait inefficace.  Les scandales à répétition des banques britanniques sont passés par là : scandales des assurances emprunteurs (Payment Protection Insurance) ou encore vente de produits de couvertures aux entreprises et Libor ont contraint les quatre plus gros établissements bancaires (HSBC, Lloyds Banking Group, RBS et Barclays) à passer des provisions colossales sur leurs comptes. Ces scandales, ajoutés aux critiques sur le montant des bonus et aux milliards investis dans les banques britanniques au plus fort de la crise, n’ont fait qu’aggraver le désamour entre l’opinion publique et le secteur bancaire.

 

Un état de crise dont s’est fait amplement l’écho George Osborne lors de son allocation à Bournemouth : «Notre pays a payé un prix plus élevé que toute autre économie majeure en raison de ce qui allait très mal dans notre système bancaire. La colère ressentie par la population est vraiment réelle » a-t-il martelé.  L’organisme en charge des chambres de commerce outre-Manche (BCC), qui soutient le projet de réforme bancaire, a néanmoins mis en garde contre le risque de dommages collatéraux que ce durcissement de ton pouvait avoir sur les entreprises britanniques : « une réforme bancaire doit être perçue dans un contexte économique global », a souligné Dr Adam Marshall, directeur en charge des politiques au sein du BCC, «il est vital pour les entreprises que le système bancaire britannique soit sain, mais la limite est atteinte dès lors que cette réforme crée des barrières supplémentaires pour les entreprises en recherche de financement. Les nouvelles règles proposées dans la loi sur la réforme bancaire doivent être conçues avec attention  et mises en place afin d’éviter des conséquences perverses ».

 

La place financière londonienne a également fait part de son scepticisme face au changement de ton du Chancelier. L’association en charge des banques outre-Manche BBA a ainsi mis en évidence la difficulté accrue pour les banques de lever des capitaux, et par voie de conséquence de prêter aux entreprises. «Les ministres doivent se hâter de créer une banque publique d’investissement (Business Bank) susceptible de régler ce problème et de s’assurer que les entreprises viables et dynamiques soient capables d’accéder au financement et, de ce fait, maximiser leur potentiel » poursuit le Dc Adam Marshall du BCC.

La nouvelle loi bancaire intervient alors même que le Royaume-Uni s’apprête à donner dès le mois d’avril prochain naissance à deux nouvelles autorités de supervision en remplacement de la FSA, le régulateur actuel : une autorité prudentielle, sous l’autorité de la Banque centrale d’Angleterre, et une autre entité en charge de la protection des consommateurs. 2013 devrait donc marquer une véritable transformation en profondeur du secteur financier outre-Manche.