Le secteur informel au Pérou, un amortisseur de crise

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L’explosion de l’informalité remonte à la mauvaise situation économique du pays des années 1970 à 1990, à laquelle s’est ajoutée l’arrivée sur le marché de l’emploi des enfants issus de la transition démographique.

Son taxi mal garé au centre de Miraflores, un quartier commerçant de Lima, Oscar, 48 ans, attend de potentiels clients. Sa voiture a tout du taxi officiel. « À moitié officiel », rectifie le Péruvien dans un sourire : « Elle est autorisée par la municipalité à travailler, c’est moi qui n’ai pas de permis de chauffeur. » Argentier de profession, Oscar a perdu son emploi au début de l’année. « Cela faisait 24 ans que je travaillais dans cette entreprise qui n’a pas résisté à la crise », explique-t-il. Au Pérou, seule une infime part des travailleurs licenciés touche une indemnisation. Ce n’était pas le cas d’Oscar. Sans emploi et donc sans revenu, ce père de quatre enfants a dû imaginer une solution pour subvenir au besoin des siens. « C’est une activité temporaire et cela prenait trop de temps de faire tous les papiers », s’excuse Oscar qui rejoint ainsi les millions de Péruviens qui travaillent dans l’informalité, sans contrat ni allocation-chômage ou droit à la retraite. « On estime qu’entre 55 et 70 % de la population active fait partie du secteur informel, un des taux les plus hauts de la région », souligne Gustavo Yamada, professeur d’économie à l’université du Pacifique de Lima.

 

L’explosion de l’informalité remonte à la mauvaise situation économique du pays des années 1970 à 1990, à laquelle s’est ajoutée l’arrivée sur le marché de l’emploi des enfants issus de la transition démographique. « Les entreprises employant moins et le nombre de travailleurs ne cessant d’augmenter, beaucoup ont dû s’inventer un travail de manière informelle », raconte Gustavo Yamada. Vendeurs ambulants, mais aussi couturiers, plombiers ou tout autre métier, le secteur informel participerait à hauteur de 40 % au PIB du pays. Certains y sont par obligation, ne trouvant pas d’emploi ailleurs, d’autres, comme les PME et micro-entreprises, souvent par choix délibéré de ne pas entrer dans un système formel strict et coûteux leur offrant peu d’avantages. En ces temps de crise internationale, le secteur informel a une nouvelle fois servi d’issue de secours aux travailleurs péruviens. « Cela a évité une hausse du taux de chômage, qui n’a pas bougé (8 %) en 2009 », analyse Gustavo Yamada. L’économiste assure que les emplois informels ont absorbé la main-d’œuvre licenciée des secteurs textiles et agro-industriels, qui ont le plus souffert. « Cette possibilité d’un auto-emploi semble parfois simplifier la vie de notre économie, mais elle laisse le travailleur sans aucune protection », dénonce un autre professeur de l’université du Pacifique de Lima, Eduardo Moron, qui accuse l’État de ne laisser aux Péruviens aucune autre solution.