Le secteur minier en proie à des conflits sociaux sur l’ensemble du continent sud-américain

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D.R.
Suite et fin de notre feuilleton sur les conflits dans le secteur minier. Des conflits, opposant les manifestants à des gouvernements qui assurent vouloir profiter de l’ »ère minière » pour développer leur pays, se multiplient partout en Amérique latine.

 

En Argentine, les habitants de La Rioja semblent plus convaincus que jamais. “On ne touche pas au Fatanima”, ont-ils écrit sur des pancartes placardées aux quatre coins de la province. Ensemble, ils ont décidé de protéger le glacier qui surplombe leur commune et alimente en eau potable la région, souvent aride. Entre l’eau et l’or, ils ont choisi: depuis 2004, ils luttent contre le projet minier qui prévoit l’exploitation de tonnes d’or enfouies sous le glacier. Après avoir découragé la société aurifère Barrick Gold, ils protestent désormais contre la Canadienne Osisko Mining Corporation, qui rêve à son tour d’exploiter la montagne. Face à l’importance des manifestations, la compagnie minière a fini par suspendre le projet fin janvier.

Comme au Pérou et en Argentine, les conflits se multiplient en Amérique latine contre des projets d’exploitation minière, accusés de mettre en danger l’environnement et surtout l’eau, qui se fait de plus en plus rare. Du Mexique à la Patagonie, les populations se soulèvent contre les mines à ciel ouvert. Les conflits se répètent et se ressemblent. Les acteurs aussi. D’un côté, des populations fatiguées de ne pas être consultées, comme le prévoit pourtant la Convention 169 de l’OIT, et des ONG écologistes qui ont fait de la lutte contre les mines leur raison d’exister. De l’autre, un secteur minier aux mains de grandes entreprises transnationales décidées à exploiter des ressources fortement cotées sur les marchés internationaux – l’or a atteint le record historique de 1900 dollars (1448 euros) l’once en 2011. Nombreux, les conflits s’intensifient. Début février, au Panama, une bataille autour d’un gisement de cuivre de 17 millions de tonnes a fait deux morts parmi les Indiens Ngöbe-Buglé.

Malgré une opposition sociale grandissante aux projets miniers, les gouvernants latino-américains ne cachent pas leurs efforts pour attirer les investissements étrangers qui, ils l’assurent, financeront le développement de leur pays. Le président péruvien Ollanta Humala a assuré que le projet minier Conga, remis en cause par des milliers d’habitants de Cajamarca, était “important pour le Pérou, car il va permettre de réaliser la grande transformation et l’inclusion sociale offertes au peuple péruvien”. “Cela va nous sortir de la pauvreté”, a déclaré dans le même esprit le président équatorien Rafael Correa, en décembre, montrant un lingot d’or provenant d’une mine du pays. “Nous allons passer à une nouvelle ère, l’ère minière (…). Des gens s’y opposent, mais on ne peut être un mendiant assis sur un banc en or”, a encore indiqué le chef de l’État qui a assisté, le 5 mars, à la signature du contrat avec la compagnie EcuaCorriente SA (ECSA), de capital chinois, qui sera chargée d’exécuter le projet minier Mirador, le plus grand gisement de cuivre du pays. Contesté par les écologistes, ce contrat marque le début du premier méga-projet minier à ciel ouvert à grande échelle dans le pays.

“Le poids économique des secteurs miniers et des hydrocarbures est très fort pour les pays du continent”, reconnaît l’ancien vice-ministre péruvien de l’Environnement et membre de l’ONG Cooperaccion José de Echave, en faisant référence au Venezuela, dont 90% des exportations proviennent des hydrocarbures, ou du Pérou, dont 59% des exportations viennent du secteur minier. Selon lui, il existe aujourd’hui deux formes d’“extractivisme” sur le continent. “Un extractivisme qui suit le processus de Washington (libéral), comme en Colombie ou au Chili, et une sorte d’extractivisme qui laisse plus de place à l’État (ndlr: plus d’impôts et de taxes sont destinés à l’État) et est utilisé pour financer des programmes politiques, comme c’est le cas au Venezuela”, constate Jose de Echave. Il estime que “dans les deux cas, l’aspect social et environnemental reste des thèmes qui causent des problèmes et génèrent des conflits de plus en plus compliqués pour les gouvernements”.