Le travail au noir recule en Allemagne

69

Alors qu’il équivalait à 4,1 points du PIB en 2001, le travail au noir ne constitue plus que 2,3 % de la production nationale en 2008. C’est le résultat encourageant obtenu dans une récente étude effectuée pour la fondation Rockwool, par l’un des sages économiques allemands, Lars P. Feld, professeur à l’université de Fribourg.

 

Lars P. Feld tempère cependant les résultats de son enquête : « La baisse du travail au noir ne signifie pas pour autant que le nombre de personnes effectuant des activités non déclarées a diminué » Et de poursuivre « depuis que nous avons commencé à mesurer le travail au noir au début des années 2000, la part de la population de 18 à 74 ans travaillant au noir reste constante à 10 % » Ce qui a changé est le nombre d’heures travaillées : de huit heures en 2001, le temps de travail hebdomadaire au noir est passé à cinq heures. Le renforcement des contrôles par l’État est sans doute dissuasif. Ajouté à cela les réformes du marché du travail introduites pendant le mandat de Gerhard Schröder qui ont permis aux entreprises de créer des mini-jobs défiscalisés jusqu’à concurrence de 400 euros mensuels et aux particuliers de se mettre à leur compte sous le statut de Ich-AG (sorte d’auto-entrepreuneriat), permettant ainsi de sortir de la clandestinité un certain nombre d’heures de travail.

 

 

 

 

 

Un million d’emplois plein temps

 

 

 

Il n’en reste pas moins qu’à l’heure où les entreprises s’alarment du manque de main-d’œuvre cette pratique reste courante. Et comme le révèle l’étude, le travail au noir reste largement toléré par la population dans un pays où il n’existe pas de dispositifs comme les chèques emploi-service pour rémunérer femmes de ménages, garde d’enfants ou autres soutiens scolaires…
Cumulées sur l’ensemble du pays, ces heures non déclarées équivalent cependant à un million d’emplois plein temps, selon une projection de l’étude.

 

L’Est du pays, plus touché par le chômage est aussi plus enclin à travailler au noir fait état d’un taux de 16 % de la population qui y a régulièrement recours contre 8 % à l’Ouest. Les disparités concernent également l’âge, – 19 % des moins de 29 ans travaillent au noir et ce, plus de six heures par semaine – et les branches. Un sixième des heures travaillées dans le bâtiment ne sont pas déclarées. Auprès de ce secteur, l’hôtellerie-restauration et les transports arrivent en pôle position avec des taux de 6,3 et 4,3 %. Le travail au noir a souvent été invoqué comme argument par les représentations patronales et les IHK (chambre de commerce et d’industrie) contre l’instauration d’un salaire minimum encore minoritaire en Allemagne. Pourtant, les chiffres évoqués par l’étude infirment ces craintes : le salaire horaire moyen est passé de 10 euros en 2004 à 11 euros en 2008 et ce en dépit d’une augmentation de l’inflation indexée à la hausse des prix de 14 %. À noter par ailleurs, que dans 40 % des cas, le travail au noir est rémunéré exclusivement en avantages en nature !