L’entrepreneuriat noir se fait attendre en Afrique du Sud

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Roland Lomme a participé à un ouvrage collectif sur la cohabitation raciale en Afrique du Sud. Haut fonctionnaire détaché à la Banque mondiale, il dresse un bilan des politiques de discrimination positive, dont les effets demeurent minces.

 

Livresafriquedusud_JuilletAoût2010

Commerce International : Dans l’un de vos chapitres(1), vous relayez une thèse selon laquelle les politiques de discrimination positive « tendent explicitement à légitimer l’économie de marché. ». En quoi ?

Roland Lomme : « Après la chute du régime de l’apartheid, un grand nombre d’observateurs de Gauche ont accusé les autorités d’entamer un processus de libéralisation de l’économie en « l’habillant » avec des politiques de discrimination positive en faveur de la population noire. Il est vrai que le parti pris pro-libéral était clair, contrairement à celui qui prévalait pendant l’apartheid, avec un état interventionniste. Toutefois, la libéralisation économique n’a pas été totale : le marché demeure réglementé, en particulier dans les secteurs les plus lucratifs. C’est dans ces mêmes secteurs (pétrole, mines notamment) que la redistribution de capitaux à une partie de la population noire est la plus importante. »

 

Vous regrettez le manque criant d’entrepreneurs noirs dans le pays…

R. L. : « La fin de l’apartheid s’est accompagnée d’une redistribution relative de capitaux. Mais un détenteur de capital n’est pas un entrepreneur pour autant. Le gouvernement aurait pu s’appuyer sur le nouveau capitalisme noir pour créer une politique industrielle permettant l’émergence d’un entrepreneuriat noir. Ce n’est pas le cas. Et très peu de grandes entreprises ont jusqu’à présent joué le jeu alors que leur contribution s’avérerait fort utile, pour peu qu’elles croient en l’idée d’un grand marché sud-africain unifié. »

 

L’absence d’équité sur le marché du travail demeure également. Comment se traduit-elle ?

R. L. : « Différentes études statistiques attestent d’une sous-représentation des Noirs dans l’encadrement et la direction. Il est difficile de concevoir un tel manque d’effort des entreprises. Car l’argument souvent avancé d’une quasi-absence de formation initiale au sein de la population noire ne suffit pas à justifier les inégalités sur le marché du travail : la mise en place d’une véritable politique de formation et de promotion internes constituerait un bon moyen de pallier le problème. Or, elle n’existe presque pas. »

 

(1) Chapitre intitulé « Les politiques de discrimination positive sont-elles un vecteur de développement en Afrique du Sud? » (pages 43 à 73)

 

L’Afrique du Sud à l’heure de Jacob Zuma

Groupe de recherche sur l’eugénisme et le racisme

L’Harmattan (2009),

200 pages, 19 €