Les patrons confiants pour eux, inquiets pour la France

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Trois fois par an, l’institut ViaVoice réalise, en partenariat avec la CCI France, une étude auprès des patrons français. La cuvée Décembre 2012 de ce baromètre donne des résultats assez paradoxaux, puisqu’une grande majorité des chefs d’entreprises ne sont pas confiants pour l’économie du pays alors qu’ils le sont pour leur propre entreprise.

 

Les dirigeants français sont sereins pour leur entreprise, mais inquiets pour la France. C’est ce qui ressort du dernier baromètre ViaVoice/CCI France sur la confiance des chefs d’entreprises français.

En effet, l’étude montre que le sentiment général est extrêmement pessimiste, puisqu’à la question « Pour les mois qui viennent, êtes-vous tout à fait confiant, plutôt confiant, plutôt pas confiant ou pas du tout confiant pour l’économie française ? », 77 % d’entre eux répondent qu’ils ne sont plutôt pas (46%) ou pas du tout confiants (31%), contre seulement 2% de confiants et 18% de plutôt confiants.

Ces résultats confirment la baisse de confiance notable relevée en juin 2012, où 75% des patrons se déclaraient non confiants contre 24% de confiants, alors qu’un regain d’optimisme avait eu lieu en février 2012 avec 38% de chefs d’entreprises confiants en la conjoncture générale contre 62% de sceptiques.

 

En se penchant sur les détails des résultats, on remarque que c’est l’emploi qui représente la plus grande méfiance chez les dirigeants, puisque 91% d’entre eux ne croient pas du tout à une reprise dans les prochains mois contre seulement 8% d’opinion positive. C’est le plus mauvais résultat depuis Mars 2009, date de création de cet indicateur, où ils étaient 11% à croire à une reprise de l’emploi. Mais le plus inquiétant est que ce chiffre chute alors qu’en juin 2011, 46% des patrons croyaient à nouveau à une reprise de l’emploi.

 

Source: Euronews

 

Même constat pour la confiance en la croissance économique, qui passe de 52% de confiants en juin 2011 à 14% selon les derniers résultats de l’étude. Enfin, seule la maitrise des déficits par l’Etat ne connait ni de regain, ni de baisse de confiance, puisque seuls 14% des patrons y croient, chiffre qui reste dans la moyenne de ces derniers mois.

 

Et pourtant l’optimisme personnel est de mise

Compte tenu de la crise qui perdure, du climat général et des changements politiques de ces derniers mois, il n’est pas surprenant de voir le monde économique se méfier de l’avenir et ne pas faire preuve d’optimisme.

Cependant, cette défiance en l’avenir ne vaut que pour la conjoncture générale, puisque lorsque la question les vise directement, les dirigeants d’entreprises n’ont pas du tout le même sentiment.
En effet, à la question : « Pour les mois qui viennent, êtes-vous tout à fait confiant, plutôt confiant, plutôt pas confiant ou pas du tout confiant pour votre entreprise ? », ils sont une grande majorité à être optimistes. 68% des patrons interrogés se déclarent confiants pour leur entreprise, contre seulement 30% de pessimistes. La confiance bondit ainsi de 9 points depuis le dernier baromètre, alors que la défiance chute de 10.

Et tout le paradoxe est là. Si on devait additionner les optimismes individuels, on devrait retrouver un optimisme général pour le pays. Pourtant, l’étude montre l’inverse.

 

Selon l’analyse de ViaVoice, cette disparité s’explique par un regard critique sur l’attitude du gouvernement à l’égard des préoccupations des entreprises, qui est jugée évoluer « dans le mauvais » sens pour 43% des patrons, alors que 42 % d’entre eux estiment qu’elle n’a « pas évolué » et seulement 13 % qu’elle a évolué « dans le bon sens ».

Quant à la vision optimiste sur un plan personnel, elle se baserait sur une confiance cumulée de la progression du chiffre d’affaire de l’année pour 60% des dirigeants et de la motivation des salariés pour 65% d’entre eux. Même si ce dernier chiffre est en baisse constante depuis un an (74% des patrons en Février 2012, 69% en Juin 2012), il demeure encourageant compte tenu de la conjoncture globale, de l’augmentation du chômage et de la baisse du pouvoir d’achat. Mais elle aussi coïnciderait avec le lancement du Pacte de compétitivité en Novembre 2012 et du crédit d’impôt qui l’accompagne.

En effet, 19% des dirigeants estiment pouvoir utiliser ce crédit d’impôt pour embaucher, en particulier dans le commerce. Quant aux professionnels du secteur industriel, ils pensent pouvoir consacrer le crédit d’impôt à l’investissement. Cependant, malgré l’optimisme personnel de chaque entrepreneur, ces mesures ne sont pas jugées suffisantes par ces derniers pour relancer « l’entreprise France ».

 

Pour conclure, les résultats de ce baromètre reflètent donc ce qui correspond à la pire période depuis le début de la crise en 2008. En effet, ils tiennent compte des prévisions pessimistes de croissance, des contraintes budgétaires, des difficultés relatives à la mondialisation ainsi que des mesures prises par l’exécutif, jugées insuffisantes, voir inexistantes.