Luc Debieuvre, banque Audi Saradar: « Paris est un endroit stratégique pour les relations avec le Maghreb »

70
La banque Audi Saradar France déploie son savoir-faire dans de nombreux domaines. Filiale de la première banque libanaise, l’établissement est depuis Paris largement tourné vers l’international et y devient un pivot économique de poids.

 

Audi Saradar France_fevrier09

« Notre grande force est de pouvoir exercer des métiers qui se complètent les uns les autres en fonction de l’évolution des marchés ». Les propos de Luc Debieuvre, directeur général de Bank Audi Saradar France SA, illustrent les différentes facettes de la banque. Capable de s’adapter aux besoins des clients selon les circonstances, elle présente un visage aux traits multiples. Parmi ces différentes lignes de métiers, Audi Saradar France finance des activités de commerce international pour des sociétés de négoce – des traders libanais et syriens notamment – qui travaillent dans la région du Proche et du Moyen-Orient, ainsi qu’en Afrique francophone. « C’est une activité traditionnelle que nous connaissons bien pour l’exercer depuis longtemps depuis Paris », souligne Luc Debieuvre. Mais la banque profite aussi de sa solide implantation dans la capitale française pour démarcher de grands groupes européens dans le but de les accompagner dans leur développement au Moyen-Orient.

 

Émile Ghazi, directeur de la clientèle Entreprises, ajoute que « dans cette région, de par nos origines et la présence de nos implantations, nous sommes presque systématiquement en contact direct avec les interlocuteurs locaux, ce qui permet d’apporter aux clients une vision régionale très précise. » Le fait de servir de tête de pont pour mieux accompagner les entreprises françaises sur les marchés étrangers, où une banque sœur prend le relais, constitue un atout fort qui démarque Audi Saradar France d’autres établissements comparables. Aux activités destinées aux entreprises s’ajoute un important volet d’accueil et d’accompagnement d’investisseurs arabes et de fortunes privées. « Nous ne faisons pas de gestion de patrimoine en tant que tel ni ne créons de fonds maison à Paris. Nous faisons notre propre marché des produits en fonction du profil de nos clients et leur proposons ceux qui leur correspondent le mieux », explique Alexandre Moujaes, directeur de la clientèle privée.

 

« Nos clients à Paris, ajoute-t-il, sont souvent clients chez Audi Saradar à Beyrouth ou en Suisse, retrouvant ainsi la même qualité de service dans ces différentes régions du monde. Mais la France présente une caractéristique particulière : celle de la gestion d’une épargne de sauvegarde qui privilégie principalement la prudence. Pour le reste, la banque privée exerce ses activités traditionnelles comme celle du financement d’acquisition de biens immobiliers, mais toujours dans un esprit bien marqué de qualité de service à la clientèle ». Si les clients historiques viennent principalement du Proche-Orient, les nouveaux clients viennent principalement de la région du Golfe. « Ce sont des personnes qui n’ont pas nécessairement d’interlocuteurs nationaux à Paris. En raison de la proximité culturelle, ils se dirigent tout naturellement vers une banque arabe », explique Luc Debieuvre.

 

Un groupe en développement constant
Fin 2005, l’entrée de la société d’investissement EFG Hermès dans le capital de la maison-mère Bank Audi Sal-Audi Saradar Group a marqué une étape importante. Cette participation financière a notamment permis de poursuivre le développement entamé quelques années auparavant par la banque Audi lors de son rapprochement avec la banque Saradar. Au deuxième rang des banques libanaises, Bank Audi Sal s’est depuis propulsée au premier rang : « Nous sommes en effet désormais sur la première place du podium en termes de fonds propres, de dépôts clientèle, d’encours crédit et de total bilan », ajoute Luc Debieuvre. Depuis début 2006, plusieurs implantations nouvelles ont vu le jour. Audi Saradar a racheté une banque en Égypte et au Soudan et a créé des filiales au Qatar et en Arabie Saoudite tout en renforçant sa présence au Liban, en Syrie et en Jordanie. Un bureau de représentation a été ouvert à Abou Dhabi. Les dirigeants travaillent actuellement à l’obtention d’une licence en Algérie et en Tunisie. « L’objectif, confie le directeur général, est de développer une présence qui permette de devenir une banque universelle régionale. Nous exerçons plusieurs métiers et souhaitons rendre cette diversité de savoir-faire plus accessible à notre clientèle arabe et européenne, tant dans la région du Golfe que dans la zone méditerranéenne et les pays du Maghreb. »

 

Après avoir déjà pris en compte les effets de la crise financière en cours, Bank Audi Sal-Audi Saradar Group a achevé les neuf premiers mois de l’année avec un résultat net de 180 millions de dollars (134 millions d’euros). « Grâce à la base très forte des dépôts clientèle dont nous bénéficions, nous n’avons pas eu à gérer de problèmes de liquidité », assure Shérine Audi, directrice générale déléguée. Nul doute que les fortes contraintes de contrôle et de réglementation contribuent elles aussi à faire tendre vers l’excellence et sont une des raisons de la bonne santé du groupe. « À Paris, nous bénéficions de la surveillance attentive de la Banque de France, mais nous avons également l’obligation de respecter les normes de la banque centrale de notre maison-mère au Liban. Le client bénéficie de ce fait d’un double avantage : la qualité du risque de contrepartie de Bank Audi SAL – soit le risque d’une banque suivie par la Banque centrale du Liban dont la réputation n’est plus à faire – et la qualité du risque pays France », détaille Luc Debieuvre. De manière générale, les banques libanaises se sont d’ailleurs retrouvées relativement immunisées contre les effets de la crise en raison de l’interdiction faite par la Banque centrale du Liban d’investir sur des produits dérivés. « 80 % des clients de la banque à Paris sont des non-résidents », explique Alexandre Moujaes. La plupart d’entre eux sont des Libanais qui vivent souvent loin de leur pays d’origine.

 

Mais la tendance à l’internationalisation se poursuit. « Depuis 2001, nous avons une clientèle syrienne de plus en plus importante, commente Shérine Audi, parallèlement à une fréquentation croissante des ressortissants des États du GCC (Conseil de coopération des états arabes du Golfe, ndlr) ». Le profil des entreprises clientes est également très varié. Par exemple, pour ce qui concerne la clientèle de marchands et d’industriels, Émile Ghazi explique qu’on y trouve « des importateurs de voitures, des industriels de l’aluminium, de l’acier, de la transformation de matières premières, des acteurs de l’agroalimentaire… » Bon nombre de ces entreprises sont spécialisées dans l’import-export, Paris servant de support bancaire pour les opérations entre l’Afrique de l’ouest et le Proche-Orient. Mais la clientèle d’entreprise tend à se développer en direction de plus grands groupes cherchant à se développer au Proche et au Moyen-Orient. « Grâce à ses implantations locales, Audi Saradar est régulièrement en contact avec des entreprises françaises désireuses de faire affaire avec ces pays. Notre présence, à la fois dans ces régions et à Paris, facilite grandement les échanges. Dernièrement, notre groupe a ainsi accompagné le groupe Lafarge dans le montage financier d’une cimenterie en Syrie. Il s’agissait d’un projet nécessitant un financement de 380 millions de dollars (283 millions d’euros) », souligne Émile Ghazi.

 

Construire une franchise
« L’idée consistant à développer une franchise autour de ces différents métiers prend tout son sens une fois rapportée aux effets attendus d’une synergie croissante avec toutes les entités du groupe », explique Luc Debieuvre. Pour le commerce international, le chiffre d’affaires, qui dépasse le milliard de dollars, continuera à croître en raison du rôle de facilitateur des échanges que joue la banque. Comme le souligne Michel Mehanna, directeur des opérations bancaires, « un exportateur français a souvent une connaissance moins bonne que nous de la solidité financière d’une société locale implantée en Afrique ou au Moyen-Orient. Grâce à nos liens privilégiés avec cette partie du monde, nous pouvons aider à juger les situations de manière rapide et pertinente et à sécuriser les transactions et les mises en relations. » Cela est évidemment vrai pour tous les autres métiers déclinés par la banque, tandis que certaines initiatives politiques, comme le projet d’une Union pour la Méditerranée visant à tisser des liens économiques plus étroits entre le Maghreb et la France, ne peuvent que renforcer un terrain favorable aux ambitions de la banque. « Paris est un endroit stratégique pour les relations avec le Maghreb, rappelle Luc Debieuvre, et tous les développements que notre groupe envisage en Afrique du Nord seront particulièrement intéressants pour l’expansion de la filiale française. »