L’uranium, nouvelle mine d’or ?

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Illustration du potentiel de ces gisements avec Strateco. La société canadienne s’apprête à se lancer dans l’extraction d’uranium dans le nord du Québec. Entretien avec son fondateur et PDG, Guy Hébert.

 

Commerce International: Comment est née Strateco Inc ?

Guy Hébert: « J’ai fondé Strateco il y a douze ans à Boucherville, en banlieue de Montréal, où se trouve aujourd’hui encore le siège social. Pendant les cinq premières années, la société se spécialisait dans l’exploration de projets aurifères. Puis, en 2005, Strateco a fait l’acquisition à 100% du projet Matoush. Situé dans les monts Otish, à 275 km au nord de Chibougamau et 210 km au nord-est de Mistissini (nord du Québec), Matoush est considéré comme l’un des plus riches gisements uranifères du monde. En 2006, nous avons fondé la société Cadiscor pour y placer tous nos actifs aurifères et distribuer les actions de Cadiscor sous forme de dividendes aux actionnaires de Strateco qui se concentre désormais uniquement sur le projet Matoush. Cadiscor a été racheté en août 2009 par North American Palladium. »

Comment va se dérouler concrètement l’exploitation de ce gisement uranifère ?

G. H.: « Pour le moment, nos employés travaillent en alternance: deux semaines sur le site de Matoush et deux semaines en récupération. Les investissements déjà réalisés et ceux à venir serviront notamment à installer une usine, dont le coût devrait avoisiner les 300 millions de dollars canadiens (environ 230 millions d’euros), au cœur du site de Matoush. L’objectif est d’atteindre, d’ici 2016, une production dépassant les 1 200 tonnes d’uranium par an. Nous effectuons encore des tests en surface à l’heure actuelle, mais le gisement devrait représenter environ 2,3% de la production mondiale d’uranium à lui seul. Ce potentiel énorme devrait être exploité pendant 10 à 20 ans. »

Qui seront vos principaux clients ?

G. H.: « Nous nous adresserons essentiellement à des entreprises propriétaires de réacteurs nucléaires au Canada, en Chine, aux États-Unis et en France ; ces derniers comptent respectivement pas moins de 104 et 58 réacteurs nucléaires. Nous sommes à un point charnière de notre existence corporative: soit nous vendons la société maintenant, soit nous la développons en tentant d’acquérir, au cours des prochaines années, des entreprises de petite à moyenne taille. »

L’extraction d’uranium est une activité très règlementée.

Comment Strateco s’engage-t-elle dans la protection de l’environnement et de ses salariés ?

G. H.: « Ces vingt-cinq dernières années, nous avons été la première entreprise de petite taille à obtenir une licence d’exploration avancée pour un projet uranifère par la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Les autres sociétés à en avoir été titulaires sont des géants du secteur. Après avoir reçu une certification en 2008 pour opérer un projet uranifère, Strateco est à un point charnière de son histoire: nous devrions obtenir la licence d’exploration avancée définitive à la suite d’une ultime audience publique qui sera tenue début juin. Le respect de l’environnement sera une de nos priorités. Nous avons déjà investi 20 millions de dollars canadiens (soit environ 15 millions d’euros) depuis six ans pour nos différentes études environnementales (2007), des préconsultations sur l’acceptabilité sociale (2008), l’information sur l’air, l’eau, les poissons… Nous avons signé un accord, le 23 décembre, avec les Cris (populations autochtones du Canada, ndlr) sur l’information et les communications et nous avons créé un département dédié entièrement à la protection de l’environnement. Notre démarche a été couronnée de succès avec l’obtention, le 2 février, de l’approbation de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale et du ministère canadien de l’Environnement. La santé de nos salariés est aussi une de nos priorités ; nous avons établi au sein du groupe plusieurs programmes de santé et sécurité, dont le programme baptisé ALARA (As Low As Reasonably Achievable, en français: “aussi bas que raisonnablement possible”, ndlr), pour limiter au maximum l’exposition de nos salariés aux produits contaminants. »