Le nouveau gouvernement hérite d’un trou de 9 milliards d’euros dans les comptes de l’Etat laissé par l’équipe de François Hollande, comme le révèle la Cour des comptes dans la publication de son audit.

Après avoir accumulé un déficit aigüe depuis 2008, le ministre de l’Economie et des Finances Michel Sapin et le secrétaire d’Etat Christian Eckert se targuaient d’être en voie de rédemption budgétaire et prévoyaient même de passer sous le seuil de 3% de déficit public à l’horizon 2017 lorsqu’ils présentaient le dernier budget du quinquennat Hollande en septembre 2016.

Nostradamus était plus fiable dans ses prévisions

La Cour des comptes acte un différentiel de 9 milliards d’euros pour atteindre les fameux 2.8% de PIB en 2017 dans un audit commandé par le gouvernement Philippe. Et la facture serait même un peu plus salée en 2018, atteignant les 17 milliards d’euros, en raison de dépenses supérieures de 10 milliards sur celles prévues initialement, selon Le Canard Enchainé de cette semaine.

L’hebdomadaire devenu maître dans la mise en lumière des dysfonctionnements de l’Etat et de ses représentants, nous informe que la Cour des comptes qualifie les prévisions budgétaires de septembre 2016 comme étant «insincères» et que «des hauts fonctionnaires du Trésor et du Budget ont alerté les magistrats» à l’époque. Bercy aurait d’ailleurs sous-évalué ces alertes. Selon un magistrat de la Cour des comptes leurs «sombres constats ne cadraient pas avec le désir d’afficher une situation budgétaire qui s’améliorait».

Les résultats publiés ce jeudi 29 juin, confirment les récentes estimations d’un déficit public de 3.2%, et non de 2.8%, objectif qui avait été pourtant souhaité et réitéré début avril par l’équipe Hollande, au moment de la présentation du programme de stabilité envoyé à Bruxelles.

Ce boulet qu’espère ne pas trainer trop longtemps le nouveau pouvoir

Le gouvernement Philippe a commandé ce rapport à la Cour des comptes dès sa prise de fonction afin d’avoir toute la transparence sur les comptes de la France. Ainsi Bruno Le Maire, ministre de l’Economie sous l’ère Macron, recommandait sur le plateau du journal de TF1 «que l’Etat, les collectivités locales, les dépenses sociales, chacun fasse un effort», et le Premier Ministre de rajouter par voie de presse que 2017 connaitrait, très vraisemblablement, un serrage de vis budgétaire si la situation l’exigeait.

Le candidat Macron s’était engagé à descendre sous les 3% de déficit public pour 2017, ce qui exigerait dès lors de trouver 4 ou 5 milliards supplémentaire pour le budget en 2017. Un pari difficile à tenir en considération de certains engagements d’Emmanuel Macron, engagements qui provoqueront un manque à gagner pour l’Etat, comme l’allègement des cotisations salariales et patronales (coûts évalués entre 3 et 4 milliards), la transformation du CICE en baisse de charge (20 milliards), ainsi que la suppression de la taxe habitation pour 80% des Français.

Le président Macron et ses équipes ont prévus en début de quinquennat de nombreuses dépenses tel que l’assurance chômage aux démissionnaires et aux travailleurs indépendants (4.8 milliards) transformation de l’impôt sur la fortune (2 milliards), hausse du budget de l’armée (3.5 milliards). Bref un véritable maelström pour le plus qualifié des comptables. Que ce soit l’héritage laissé par son prédécesseur, ou bien ses propres réformes, le gouvernement va devoir jouer serré et risque de devoir couper dans ses dépenses pour tenir le cap fixé. Respecter les engagements tenus envers Bruxelles, ou ceux tenus envers ses électeurs, il faudra sans doute faire des choix.