Maghreb et Machrek, le bilan 2009

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Comme chaque année, La Documentation française publie un bilan régional de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Marquée par d’importants rendez-vous électoraux et des événements violents, l’année 2009 a également vu se confirmer une « marginalisation du jeu diplomatique régional », comme nous le rappelle Frédéric Charillon, professeur en Sciences politiques à l’université d’Auvergne et co-auteur de l’ouvrage.

« Lorsque à l’échelle mondiale, des vagues de démocratisation, d’ouverture des échanges ou encore d’intégration régionale s’observent, le Moyen-Orient n’est pas concerné. Les grandes tendances du moment semblent ne pas toucher la région : les sociétés sont cloisonnées et les états se parlent peu. » L’élection de Barack Obama n’a pas non plus marqué un changement majeur en 2009, en particulier au Proche-Orient, faute d’une véritable réorientation de la politique étrangère des États-Unis. « La position américaine devient difficile à partir du moment où elle doit imposer des concessions à un certain nombre de pays de la région et intégrer dans le dialogue tous les acteurs-clé, y compris les plus déplaisants », estime Frédéric Charillon, pour qui « les intérêts divergents et les habitudes stratégiques nécessitent davantage qu’un changement de style. Le jeu diplomatique américain souffre d’un manque de visibilité et demeure très déclaratoire ».
L’ouvrage décrypte aussi, très brièvement, le rôle de l’Europe sur la scène méditerranéenne. L’Union pour la Méditerranée (UPM), lancée en grandes pompes en juillet 2010 afin de raviver le processus de Barcelone, n’est pas évoquée. « Elle est otage des drames de la région. Depuis la crise de Gaza, l’UPM a adopté un rythme beaucoup plus lent – c’était déjà le cas avec le processus de Barcelone. L’Union européenne, avec ses instruments actuels, est toujours plus efficace en temps de paix qu’en temps de crise, ce qui constitue un vrai problème pour elle », explique Frédéric Charillon.
Particulièrement instructif, le chapitre consacré à la Syrie insiste sur son « retour sur scène en trompe-l’œil » : absence de véritable réchauffement avec les États-Unis, jeu diplomatique ambigu avec la France et jeu dangereux avec l’Iran… « En s’obstinant à utiliser la Syrie pour replacer son régime au centre du jeu régional au détriment des Syriens et en refusant de négocier le rôle positif que la communauté internationale est disposée à lui reconnaître, Bachar al-Assad risque un jour de n’avoir plus le choix qu’entre un rôle imposé… et plus de rôle du tout », conclut l’auteur du chapitre, Ignace Leverrier.

Afrique du Nord, Moyen-Orient,
entre recompositions et stagnation
[North Africa Middle East, Between Re-composition and Stagnation]
Sous la direction de Frédéric Charillon et Alain Dieckhoff
La Documentation française (septembre 2010)
184 pages, 19,50 euros (£ 17,18)