Main basse sur le riz, un film de Jean-Pierre Borris et de Jean Crépu

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Journaliste à Radio France Internationale, spécialiste des matières premières, Jean-Pierre Boris est l’auteur du livre Main basse sur le riz (publié aux éditions Fayard, en 2010) et coauteur avec Jean Crépu d’un film documentaire, paru chez Arte Éditions, sous le même titre…

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Commerce International : Dans votre film, on apprend que le riz est la « céréale qui conditionne la sécurité alimentaire mondiale ». Pour quelle raison nourrit-elle la moitié de l’humanité ?

 

Jean-Pierre Boris : « En Asie, première région productrice, le riz est l’aliment de base pour des raisons nutritives, historiques et culturelles. Le film ne le mentionne pas, contrairement au livre, mais l’Amérique latine est grande consommatrice de riz (Colombie, Pérou, Haïti…). L’un de ses atouts majeurs, qui séduit aussi en Afrique de l’Ouest et de l’Est, est la rapidité et la facilité de préparation. Au Rwanda ou en Tanzanie par exemple, deux pays qui connaissent actuellement un véritable boom économique, la population apprécie de passer peu de temps à préparer ses repas. »

 

Vous évoquez les « émeutes de la faim » de 2008, motivées par une peur illégitime de pénurie de riz en raison, notamment, du blocage de stocks d’exportation en provenance d’Asie…

 

J.-P.B. : « Je parlerais plutôt d’“émeutes de la vie chère”, qui ont eu lieu après la hausse très importante du prix du riz, multiplié par cinq ou six. Ne pouvant plus acheter, les consommateurs finaux sont descendus en masse dans la rue. Les prix ont grimpé, car des rumeurs faisaient état d’un manque à venir. Elles ont permis une spéculation générale, allant de l’exportateur asiatique au gouvernement thaïlandais, en passant par le grossiste et le détaillant africains. Il s’agissait en fait d’une fausse crise : le riz n’a pas manqué, il n’était pas au bon endroit au bon moment. »

 

Et aujourd’hui, où en sommes-nous ? Devons-nous redouter de nouvelles crises à l’avenir ?

 

J.-P.B. : « Une crise mondiale sur le marché du riz peut se reproduire, car les volumes disponibles pour l’exportation sont de moins en moins en rapport avec les besoins des importateurs. Des pays qui n’importaient pas, comme l’Inde, vont être amenés à le faire, ce qui va tendre le marché – les importateurs vont se trouver davantage en compétition. Mais s’agissant de la production, les signaux sont bons dans les pays exportateurs, y compris en Thaïlande où la crise politique laissait pourtant craindre un blocage des stocks. »

 

 

Main basse sur le riz
A film by Jean-Pierre Boris and
Jean Crépu -Arte Éditions (2010),
82 minutes, 14,99 euros