Mexique – STAR ÉCONOMIQUE DE L’AMÉRIQUE LATINE

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Le récent accord de libre-échange avec l’Union européenne pourrait rééquilibrer les échanges extérieurs mexicains, dont près de 90 % se font avec les Etats-Unis. C’est d’ailleurs dans cette optique que Vicente Fox, après son élection triomphale, avait entamé une tournée en Europe en octobre dernier.

Après avoir subi en 1982 une grave crise de la dette, le Mexique a procédé à la libéralisation des échanges commerciaux par l’adhésion au Gatt (précurseur de l’OMC) en 1986, puis par la signature de l’Alena en 1993 (accord de libre-échange nord-américain entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada). Le Mexique fut également admis, en 1994, au sein de l’OCDE.
A la suite du changement de cap de sa politique économique, l’Etat mexicain s’est peu à peu désengagé de l’économie par d’importantes opérations de privatisation. Mais cette stratégie d’ouverture a été brutalement remise en cause en 1994 par une crise de balance des paiements entraînant la dévaluation de la monnaie (chute du peso de 40 %) et une profonde récession. Le pays avait alors, durant deux années, été plongé dans une grave crise économique et sociale qui n’a pu être surmontée que grâce à une intervention financière massive des Etats-Unis et du FMI. Ceci dit, depuis 1997, le Mexique a été le seul pays épargné par les crises qui ont frappé l’Asie, puis le Brésil en 1998-1999 en ébranlant toute l’Amérique du Sud.
L’ouverture des frontières mexi-caines a encouragé l’investissement de capitaux étrangers. L’économie qui a ainsi pu se diversifier et se moderniser, a entraîné une explosion des échanges extérieurs. Mais, dans le même temps, le solde commercial n’a cessé de se dégrader et les inégalités sociales n’ont pu être réduites.
C’est également avec l’ouverture économique du pays que s’est amorcée l’alternance politique. Le Président sortant, Ernesto Zedillo, a tout fait pour que le Mexique s’affirme tel qu’il est : un grand pays, le deuxième d’Amérique latine derrière le Brésil, la 13e puissance mondiale, un lieu d’influence culturelle bouillonnant et de référence pour l’ensemble du monde hispanophone.

L’élection triomphale de Vicente Fox
La fin du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) au pouvoir depuis 71 ans marque le début d’une recomposition complète du paysage politique mexicain. La nette victoire de Vicente Fox à la présidence l’année dernière, fait entrer le Mexique dans une nouvelle étape politique. Il se définit lui-même comme un homme de « centre gauche », mais conservateur et catholique sur les questions de société. Il s’est appuyé principalement sur le PAN (Parti d’action nationale, proche de certains milieux d’affaires). Le programme économique de M. Fox, malgré certaines adaptations nécessaires, s’inscrit globalement dans la continuité de la politique menée par l’administration Zedillo.
Hâbleur latino charismatique, Vicente Fox occupe déjà une place de choix dans l’Histoire, juste après le héros de la révolution de 1910, Emiliano Zapata. La victoire de Vicente Fox a pris de court tous les responsables politiques et même le chef de la guérilla zapatiste du Chiapas, le «sous-commandant» Marcos. Avec la nouvelle gestion du conflit au Chiapas, où les Indiens menés par les zapatistes s’étaient soulevés en 1994, il y a un changement radical dans la position du gouvernement par rapport au précédent.
Ancien étudiant de Harvard, le nouveau Président a été formé aux vertus du marché et de l’entreprise en passant cinq années comme directeur régional de Coca-Cola pour le Mexique et l’Amérique latine. Les idées directrices du «maître du marketing politique » sont le renflouement des caisses de l’Etat, la décentralisation et l’appel aux investisseurs étrangers. La droite apprécie la privatisation de ­l’électricité et la dérégulation des télécoms. Cependant, dans le domaine de l’énergie, Vicente Fox a annoncé qu’il ne privatiserait pas Pemex, la compagnie pétrolière d’Etat, fierté nationale des Mexicains. La politique industrielle définie par M. Fox cherche à ­favoriser l’innovation et la compétitivité des PME. Il préconise la création d’activités dans les provinces pauvres par des incitations fiscales et des « mini crédits » aux petites exploitations et entreprises, en vue d’atténuer la fracture entre nord et sud.

Tournée européenne sous le signe économique
Le boom économique a été largement dû à l’intégration du Mexique dans une économie nord-américaine prospère grâce aux accords de l’Alena. L’augmentation des prix du pétrole et la croissance des Etats-Unis restent des facteurs très dynamisants pour le Mexique. En quelques années, les Etats-Unis se sont imposés comme le partenaire commercial hégémonique du Mexique. Le volume des échanges s’est doublé de délocalisations d’entreprises nord-américaines et de coopérations industrielles. Les exportations, composées à 70 % de produits manufacturés, ont bondi au cours de l’année écoulée. Les importations ont aussi augmenté, notamment celles qui alimentent les « maquiladoras », usines de montage en plein essor dans le secteur de la sous-traitance, qui ­achètent à l’étranger composants et matières premières.
L’Union européenne est le deuxième partenaire commercial mais avec seulement 8 % de parts de marché, dont un petit 1 % pour la France. Près de 90 % des échanges extérieurs s’effectuent avec les Etats-Unis. Une telle dépendance signifierait banqueroute des finances publiques et grave chômage à la moindre crise conjoncturelle des Etats-Unis… et, aujourd’hui, le puissant voisin du Nord connaît la première récession depuis l’entrée en vigueur de l’Alena. C’est pour cette raison que Vicente Fox veut faire un grand effort vers l’Europe et que le Mexique ne cesse de passer de nouveaux accords de libre-échange, dont ceux de juillet 2000 avec l’Israël et l’Union européenne. En octobre dernier, Vicente Fox avait entrepris une tournée européenne dont l’objet était de chercher le soutien de l’Union européenne afin de rééquilibrer les échanges extérieurs mexicains.
Le dynamisme économique du Mexique qui, avec près de 100 millions d’habitants, est devenu en quelques années le premier importateur de toute l’Amérique latine, loin devant le Brésil, devrait en tout cas retenir l’attention des Européens.