Meziane Idjerouidène, directeur d’Aigle Azur: « L’évolution touristique de l’Algérie du Nord sera lente »

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Troisième compagnie aérienne française, possédée par le groupe GoFast depuis 2001, Aigle Azur se veut leader des destinations ensoleillées. Algérie, Mali, Maroc, Portugal ou Tunisie, autant de destinations que la compagnie Aigle Azur dessert à raison de 300 vols réguliers par semaine et 1,7 million de passagers en 2009. Preuve du constant développement de la compagnie sur l’Algérie, deux nouvelles lignes sont inaugurées. L’une entre Mulhouse et Oran (depuis avril dernier), l’autre entre Lille et Tlemcen (dès le mois de juin).

 

Commerce International : Comment décririez-vous la part touristique dans vos vols vers l’Algérie ?

 

Meziane Idjerouidène : « L’Algérie est une offre historique pour Aigle Azur. Nous avons commencé depuis 2002 en charter, puis en régulier en 2003 pour être aujourd’hui à un important réseau au départ de 7 aéroports français vers 13 aéroports algériens. La part touristique sur cette destination se concentre exclusivement sur le sud du pays : nous opérons deux offres par semaine sur Tamanrasset et Djanet, dont les capacités ont été augmentées au fur et à mesure des années. Au départ, il s’agissait d’appareils de plus petites capacités. Les vols s’opéraient en triangulaire de Paris vers Djnaet en passant par Tamanrasset. Puis, nous en avons doublé l’offre avec des vols directs. Même si ce sont des volumes qui ne sont pas extraordinaires, ils évoluent à leur rythme. Aujourd’hui, nous disposons de l’équivalent de deux vols hebdomadaires d’environ 400 sièges pleins pendant 6 mois, car les lignes ne sont pas opérées l’été en raison de la température. »

 

Vous ne percevez donc pas encore de développement du tourisme sur le nord de l’Algérie ?

 

M. I. : « Le nord du pays dispose d’une grande richesse et d’une grande diversité, des atouts de taille pour le tourisme. Néanmoins, il est difficile aujourd’hui de comptabiliser ce que les entreprises touristiques réalisent à titre individuel sur le nord et d’isoler les touristes des autres typologies de leur clientèle. L’évolution du tourisme au nord sera lente en raison du manque d’infrastructures, de formation de la main-d’œuvre et de l’évolution des mentalités. Même si une compagnie comme Aigle Azur met toute son énergie à desservir les villes du nord, il n’est pas le seul maillon pour constituer la chaîne du tourisme. »

 

Qui sont les touristes en Algérie, et leurs destinations ?

 

M. I. : « Les offres packagées n’existent pratiquement pas sur le nord. Le tourisme existant est donc affinitaire, constitué par exemple de pieds-noirs au départ de Marseille et de sa région pour Oran, Alger et Constantine. Il y a aussi des jeunes d’origine algérienne qui souhaitent faire découvrir l’Algérie à leurs amis. Ce sont des démarches individuelles et, bien sûr, leur décompte est quasiment impossible. Sur le sud algérien, en revanche, les profils sont assez différents, puisque les offres sont axées sur l’aventure avec bivouac et camp dans le désert. »

 

Pourquoi le développement du tourisme au nord est-il si lent ?

 

M. I. : « J’exclus un manque de volontariat politique, car, quoi qu’on en dise, il y a une réelle volonté des autorités algériennes de développer le tourisme du pays. Il faut du temps pour construire et pour former, mais il faut encore plus de temps pour connaître, apprendre et changer les mentalités, car c’est un pays qui, malheureusement, n’a pas eu l’occasion d’être confronté au tourisme depuis de nombreuses années. Tant qu’il n’y a pas cette expérience-là, c’est difficile d’avancer. La majorité des aéroports sont accueillants, mais encore une fois, il y une formation et une posture d’accueil qui doivent être nécessaire. »

 

Quel devrait être, selon vous, le positionnement du tourisme algérien ? Du low cost comme ses voisins du Maghreb ?

 

M. I. : « Même s’il est vrai que le tourisme de masse et le tourisme dit low cost ont été un tremplin pour beaucoup de pays, je ne pense pas qu’il soit le bon modèle pour l’Algérie. Il y a d’autres pistes comme le tourisme écologique et durable. À ce titre, il est intéressant de bénéficier des expériences d’autres destinations et d’observer les concepts qui fonctionnent. Les paysages sont immensément riches, le volet culturel également. Ce sont des éléments sur lesquels l’Algérie doit se définir et construire son offre. »

 

Comment Aigle Azur contribue-t-elle le mieux au développement de ce tourisme algérien ?

 

M. I. : « Le simple fait d’opérer sur l’Algérie et d’y développer des vols tous les jours est déjà un acte. Nous avons mis en place dès 2002 une politique tarifaire particulière qui ne fait pas tout s’il n’y a pas d’accueil et d’infrastructures. Nous ne sommes pas maîtres de l’ensemble du développement du tourisme en Algérie. Nous y contribuons seulement en tant que compagnie aérienne. »