Mission: trouver le bon manager

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En 1946, la Seconde Guerre mondiale vient à peine de s’achever que les États-Unis proposent aux pays européens le Plan Marshall, vaste programme de reconstruction. Sidney Boyden, un consultant américain de haut niveau qui travaille sur les implications du Plan Marshall, prend conscience de l’énorme déficit de compétences managériales face à l’immense demande que génère le plan. Il invente alors le concept de recherche de cadres supérieurs et dirigeants par approche directe – « chasse de tête » – et fonde le cabinet Boyden. Véritable pionnier dans ce secteur, Boyden fonctionne selon un modèle résolument original : le développement se fait via des partenaires associés au capital de l’entreprise dans un fort esprit entrepreneurial. Boyden est présent sur cinq continents et dans 40 pays, avec 70 bureaux et 250 partenaires associés au capital de la société.

 

Le management de transition
Peu de temps avant la mort de son fondateur, survenue en 1993, le cabinet Boyden fait face à un autre événement historique : la chute du mur de Berlin et l’ouverture du Bloc de l’Est au capitalisme et à l’économie de marché. Pour accompagner cette ouverture, Boyden développe dès le début des années 1990 une nouvelle activité très novatrice : le management de transition – en anglais Interim Management. Au début, cette activité consiste à recruter des managers d’ex-Allemagne de l’Ouest afin de les envoyer pendant quelque temps participer à la reconstruction de l’Allemagne de l’Est. Après d’autres testes concluants menés aux Pays-Bas, Boyden Interim Management connaît dès lors un fort développement et propose très vite des missions aux managers du monde entier. Boyden Interim Management – qui représente à lui seul 20 % de l’activité totale de Boyden en France et possède deux bureaux à Paris (ouvert en 1998) et à Lyon (ouvert en 2001) – est également présent en Belgique (Bruxelles), au Royaume-Uni (Londres) ou encore en Allemagne (Francfort-sur-le-Main, Munich) et aux États-Unis, et réfléchit à s’implanter prochainement en Europe du Sud (Espagne et Italie).

 

Prospecter, valider, superviser
« Pour parler très concrètement, nous passons un tiers de notre temps à faire du développement commercial, un autre tiers à valider les futurs managers et un dernier tiers à suivre les missions », explique Bertrand Foujols, directeur associé de Boyden Interim Management depuis le mois de juin et ancien dirigeant de filiales chez Saint-Gobain (secteur des abrasifs et du verre bâtiment) pendant près de vingt-cinq ans. Le processus est quasi immuable : un client qui prend contact avec le cabinet reçoit un associé pendant deux ou trois heures pour mieux lui faire connaître l’entreprise, le problème à régler et définir avec lui le profil du candidat recherché. L’associé revient rapidement vers le client pour lui transmettre une restitution de l’entretien, et commence sa recherche dans les bases de Boyden Interim Management, un vivier de plus de 1 000 managers par bureau. Il passe en revue entre 40 et 50 dossiers en moyenne avant de ne retenir au maximum qu’une dizaine de managers répondant de manière étroite aux attendus de la mission. Ceux-ci appartiennent à des secteurs extrêmement variés (voir encadré).

 

L’heure du choix final
Les candidats retenus sont ensuite joints par téléphone afin de vérifier leur niveau de disponibilité et leur intérêt pour la mission. Il ne doit en effet pas se passer plus de trois semaines entre le premier rendez-vous avec le client et l’arrivée du manager au sein de l’entreprise. En règle générale, quatre ou cinq candidats sont retenus et le curriculum vitæ de chacun d’entre eux est envoyé au client pour un dernier filtrage effectué par ce dernier. Si le client souhaite voir trois candidats parmi les cinq, Boyden Interim Management envoie à chacun des trois candidats concernés une lettre confidentielle sur la mission à conduire et assiste à chaque premier rendez-vous entre les candidats et le client. Une fois que le client a fait son choix, Boyden Interim Management établit un contrat de mise à disposition avec le client et un autre contrat de travail avec le manager.

 

Assurer le suivi de la mission
La durée d’une mission est en moyenne de dix mois et oscille généralement entre six et dix-huit mois. Le manager sélectionné rentre vite en fonction et Boyden Interim Management s’assure de sa bonne intégration au sein de l’entreprise. Au bout de deux à trois semaines, le manager doit écrire un plan d’action et, au minimum une fois par mois, une réunion tripartite veille à son bon déroulement. À la fin de la sa mission, le manager remet les informations essentielles à son successeur au cours d’une réunion spécifique. « Notre force repose sur trois piliers : un vivier de managers de grande qualité que nous suivons et développons en permanence, des clients fidèles (plus de 250 travaillent régulièrement avec nous) qui savent que nos solutions conviennent à leurs besoins, et enfin un excellent suivi des missions. Ce dernier point n’est pas le moindre : l’expérience nous montre qu’une mission bien suivie se déroule toujours bien », souligne Bertrand Foujols. Preuve de son efficacité, Boyden Interim Management n’a jamais reçu de retours négatifs et compte seulement une mission écourtée depuis le démarrage de son activité. Il arrive même qu’en fin de mission, un client demande au cabinet à ce que le manager reste en place tant son travail a été apprécié. Boyden Interim Management ne peut pas refuser même si son développement ne passe évidemment pas par ce genre de conclusion.

 

Des « managers-consultants »
Si la crise financière internationale a significativement ralenti les projets de fusion-acquisition, les lancements de produits et l’activité de management de relais, celle qui est liée au management de crise continue à être très soutenue. Le cabinet Boyden travaille aussi bien pour des grands groupes (Aoste, Areva, Renault Trucks…) que pour des grosses PME familiales. Les candidats ont pour la plupart entre 50 et 65 ans ; souvent dégagés d’obligations familiales, ils ne veulent plus d’un engagement à long terme avec une entreprise. Entrés dans une pure logique de contribution, sans passé ni futur dans l’entreprise, ils offrent un regard nouveau, à tel point qu’ils sont un peu considérés à la fois comme des managers et des consultants. Autant dire que le bénéfice est double pour l’entreprise…

 

Missions par secteurs (2004-2008)
• Automobile 21 %
• Électricité – Électronique 16 %
• Sciences de la vie 14 %
• Mécanique 12 %
• Services 11 %
• Autres 26 %

 

Missions par fonctions (2004-2008)
• DRH 26 %
• Finances 22 %
• Direction générale 17 %
• Direction industrielle 17 %
• Chaîne d’approvisionnement 7 %
• Autres 11 %