Novabrick au Sénégal: une usine achetée sur Internet

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Kayar, au nord de Dakar. Au milieu des dunes de sable parsemées de baobabs, l’usine Novabrick de matériaux de construction veut concurrencer les industriels chinois avec des méthodes innovantes. Qu’on en juge ! Son PDG, Arona Sy, un serial entrepreneur du Web de l’e-learning au Sénégal, a conçu son usine en faisant ses courses uniquement sur Internet. « De cette manière, j’ai réduit l’investissement industriel à 1 million d’euros au lieu de 3 millions », confie ce jeune patron de 37 ans qui vient d’inaugurer son usine.

 

De la toile électronique à la chaîne de production
« Nous avons conçu nous-mêmes l’usine à l’aide du logiciel en ligne Sketch-up de Google », explique Arona Sy. Côté infrastructures, Novabrick a acheté des hangars en kit chez France Métal. « Poutres, murs, toiture… tout est en acier. Nous avons assemblé la structure avec un chef de chantier et quatre ouvriers. Cela a duré 6 mois, contre 12 si nous avions misé sur le béton. » Concernant la ligne fabrication des parpaings en béton, Arona Sy s’est adressé au Sud-Africain Doubell, fabricant de presses et de malaxeurs. « J’ai acquis ces équipements directement sur le site Internet de l’industriel. Il offre une batterie de logiciels pour la conception et le dimensionnement des installations, ainsi que pour la formulation du béton. On trouve même un assistant électronique (Wizard) pour calculer le business plan… On peut évaluer les besoins industriels et l’impact financier du projet. » Même démarche pour les carrelages céramiques haut de gamme du Russe Sistrom. Après des stages de formation d’une semaine aussi bien en Afrique du Sud qu’en Russie, l’équipe de Novabrick a acquis les compétences nécessaires pour monter les lignes de production et assurer la maintenance des équipements de façon autonome. « Cette expérience révèle que les fournisseurs des pays émergents ont une approche ultra-moderne du commerce international grâce à leurs sites Internet. De leur côté, les Européens proposent des produits certes de grande qualité, mais avec une démarche très classique », analyse l’industriel sénégalais, qui a également recruté sur Internet Romain Munier, 27 ans, le directeur de production.

 

L’obsession des économies d’énergie
« Le kWh d’électricité coûte très cher : 0,40 euros. C’est pourquoi, dès la conception du projet, nous avons privilégié des technologies de béton à froid pour les parpaings et les carreaux de céramique. Ce qui évite d’utiliser des fours de cuisson à 1 200 °C », explique Romain Munier. De même, 8 panneaux solaires suffisent à alimenter non seulement l’éclairage des ateliers de fabrication (50 tubes fluorescents), mais l’informatique pour la gestion de toute l’usine. « Il n’y a pas de serveur dans l’usine. Du coup, nous n’avons pas eu besoin de salle climatisée », précise Arona Sy. En effet, toute l’informatique d’adminstration, de comptabilité, de planification et de gestion commerciale se trouve dans le cloud, le “nuage d’Internet”. C’est-à-dire que le PGI (Progiciel de gestion intégré ou ERP : Enterprise Resource Planning), ici un ERP5 de Nexedi, éditeur français de logiciels libres (Open Source), est hébergé en mode SaaS (Software as a Service ; logiciel utilisé à la demande sur Internet) dans un des centres de données (Data Center) de Lost Oasis à Marseille, en France. « Les réseaux filaires haut débit ne parviennent pas jusqu’ici, au cœur de la brousse. Nous nous branchons sur Marseille avec 2 connexions haut débit sans fils. Lorsque l’une tombe en panne, un système bascule vers l’autre. Au final, c’est comme si nous avions une batterie de serveurs chez nous. Sans les inconvénients ! », décrit Jean-Paul Smets, PDG de Nexedi. Outre la maîtrise des coûts pour chaque livraison, ce système informatique est extrêmement innovant – et très abordable, puisque le budget ne dépasse pas 10 000 euros. Il concentre en effet deux concepts à la pointe de la technologie : le Cloud Computing et le Green Computing pour aboutir, peut-être pour la première fois au monde, au Green Cloud Computing, prenant ainsi de vitesse bien des multinationales occidentales ou asiatiques. Une chose est sûre : l’Afrique devient une terre d’innovation.