Pierre Vermeren: « Au Maroc, peu de choses ont été faites en matière de gouvernance »

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Normalien et agrégé d’Histoire, Pierre Vermeren dresse dans cet ouvrage une « esquisse de bilan » du règne de Mohammed VI, dix ans seulement après son avènement au trône du Maroc.

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Commerce International : Pourquoi sous-titrer par Une transition inachevée ?

 

Pierre Vermeren : « Beaucoup de promesses ont été tenues depuis le couronnement de Mohammed VI. Depuis quelques années, une libération culturelle et de la parole, voire même médiatique avec le développement d’Internet, est en marche. Mais en termes de gouvernance, peu de choses ont été faites. Il existe encore cette gouvernance classique, dite makhzénienne où le pouvoir est concentré autour du palais royal. »

 

Le bilan économique est-il satisfaisant ?

 

P. V. : « La croissance se stabilise autour de 5 %. Ce n’est pas extraordinaire, mais bien mieux que dans les années 1980 et 1990. Malgré le déficit commercial, on enregistre de grandes améliorations dues à l’augmentation des investissements publics et étrangers dans le domaine des équipements, de l’électricité, de l’eau et des routes, ainsi que dans celui du tourisme. »

 

Lorsque Mohammed VI est arrivé au pouvoir, il a suscité beaucoup d’espoir chez la jeunesse marocaine. Qu’en est-il aujourd’hui ?

 

P. V. : « Il y a au Maroc un problème persistant de chômage en dépit de statistiques officielles encourageantes, et un manque de qualification. Selon moi, la réforme des écoles est un peu un miroir aux alouettes, toujours annoncée, mais repoussée. On assiste depuis 10 ans à une forte désertion de la main-d’œuvre, enrayée toutefois depuis deux ans par la crise et le durcissement des lois européennes Mais d’un point de vue démocratique, les progrès sont importants à l’échelle du monde arabe : des élections sont tenues régulièrement, il existe une scène politique, même si celle est plus formelle que réelle. Le Maroc est devenu un pays dans lequel on peut s’exprimer par le biais des chaînes de télévision et de radio. Néanmoins, au regard du modèle démocratique européen, on est encore loin du compte. Les instances élues ont un pouvoir secondaire par rapport aux conseillers nommés du palais et le taux d’abstention est très élevé, de l’ordre des trois quarts des électeurs potentiels. »

 

Le Maroc de Mohammed VI. La transition inachevée.
Par By Pierre Vermeren,
Éditions La Découverte (juin 2009), 324 pages, 22 euros.