Posséder un cheptel bovin

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D.R.
Investir dans des troupeaux bovins en vue d’une rentabilité régulière sans même être agriculteur, c’est possible grâce à l’AFIC. Pierre Marguerit, son secrétaire, nous explique.

Diplômé en direction et gestion d’entreprise de l’Institut des études commerciales de Grenoble, Pierre Marguerit débute sa carrière en 1971 à la banque Rothschild, dans le secteur des investissements. Il est aujourd’hui le PDG de la société Élevage et Patrimoine SA et secrétaire de l’Association française d’investissement en cheptel (AFIC).

 

Commerce International : Depuis combien de temps le bail à cheptel existe-t-il ?

 

Pierre Marguerit : « En droit français, il existe depuis Napoléon Ier une disposition qui permet de louer un cheptel plutôt que de le posséder. Il est même possible de remonter plus loin, puisque pendant les Croisades, un impôt avait été levé sur les troupeaux pour payer la rançon de Richard Cœur de Lion, alors prisonnier en Allemagne. Le bail à cheptel existait déjà sous des formes approchantes pendant l’Antiquité grecque. »

 

Comment est né ce type d’investissement ?

 

P. M. : « Tout a commencé en 1971 lorsque nous avons rencontré les dirigeants de la ferme de Boulieu-Vernay. Fondée dans les années 1960, cette ferme avait fait venir des vaches de race Holstein friesian d’Amérique du Nord, car elles produisaient 7 000 litres de lait par an contre 3 500 litres environ pour les autres races présentes en France (FFPN, Montbéliarde, Normande…). La société Locowtel née en 1971 est devenue Gestel une dizaine d’années plus tard. Elle s’occupe directement des 1 000 investisseurs et des 800 éleveurs adhérents du système, qui représentent 30 000 têtes de bétail environ. L’AFIC a été fondée en 1992 sous forme d’association. Elle est actionnaire d’Élevage et Patrimoine SA, entreprise montée par les propriétaires de cheptel qui contrôle Gestel SA. »

 

Comment fonctionne l’investissement en cheptel ?

 

P. M. : « Le principe est simple : l’investisseur achète des têtes de bétail (vaches laitières), puis les confie à Élevage et Patrimoine SA via les services d’un régisseur spécialisé, Gestel SA, qui les loue à des éleveurs sélectionnés. À titre indicatif, une vache laitière est payée en moyenne 1 300 euros pièce. Gestel SA fonctionne comme une régie d’immeuble (budget annuel : 2 millions d’euros). Depuis 1972, l’investissement en cheptel est à l’origine d’une double activité. Il permet, d’une part, à des investisseurs d’acquérir un cheptel laitier pour diversifier leur patrimoine en agroalimentaire et il met, d’autre part, à la disposition des fermes laitières sélectionnées ce cheptel en surveillant son exploitation qui est contrôlée sur le plan sanitaire, diététique et comptable. »

 

Qui sont ces investisseurs en cheptel ?

 

P. M. : « Il s’agit souvent de personnes de plus de 40 ans qui cherchent à diversifier leur patrimoine : cadres, cadres supérieurs, professions libérales, commerçants. Ils sont français pour la plupart, mais on trouve aussi des Italiens, des Allemands, des Suisses, des Britanniques, des Américains. Leur point commun est d’avoir compris qu’avec 82 millions de nouveaux habitants chaque année sur Terre, la demande en produits agricoles augmente régulièrement (en moyenne de + 2,5 % par an ces cinq dernières années). Après, ils obéissent à différentes motivations : volonté de renouer avec l’agriculture, car chaque famille en France a des ancêtres paysans, soutien à un secteur très touché par la crise économique, investissement dans une activité à la fois pérenne (le produit agricole est une infrastructure) et éthique. Investir dans un cheptel est en effet plus moral que d’investir dans l’armement ! »

 

Quelles sont les motivations des agriculteurs adhérents ?

 

P. M. : « L’investissement en cheptel est aussi intéressant pour l’agriculteur, car dans ce secteur il faut investir 400 euros (terres, bâtiments, matériel, cheptel…) pour réaliser un chiffre d’affaires de 100 euros en moyenne, soit l’équivalent d’un investissement dans l’industrie sidérurgique. De plus, en louant un troupeau, on peut déduire toutes les charges du contrat de location de son assiette sociale et fiscale, ce qui permet à l’agriculteur de bénéficier de plus de trésorerie. En ne prenant pas le risque d’acheter des animaux qui ne répondraient pas à ses espérances, il s’assure aussi une garantie de productivité. Enfin, l’agriculteur a à ses côtés un interlocuteur unique (un technicien) qui lui ouvre l’accès à des retours d’expérience sur plus de 80 autres fermes. »

 

Quelles sont les perspectives de développement pour l’investissement en cheptel ?

 

P. M. : « Elles sont considérables ! Les agriculteurs adhérents à notre système ne possèdent que 30 000 têtes de bétail sur plus de 4 millions en France. J’estime qu’il y a un potentiel de 1 million de têtes ; cela conforterait les exploitations agricoles françaises. À l’échelle européenne, on pourrait même multiplier ce chiffre par cinq ou six. En attendant, il faudrait déjà modifier la loi de 1985 qui empêche de faire de la publicité pour les investissements en cheptel malgré l’avis contraire du Conseil économique, social et environnemental. Les révolutions arabes le démontrent : lorsque les prix des denrées alimentaires flambent, les peuples finissent par se révolter. Comme l’être humain aura toujours besoin de manger, l’investissement dans ce secteur constitue une diversification intelligente du patrimoine. »