Pourquoi l’Allemagne ne dispose pas de salaire minimum?

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C’est un débat qui revient à chaque élection d’importance en Allemagne. Il devrait s’imposer dans le débat en 2012, année préélectorale: la première économie d’Europe doit-elle introduire un salaire minimum dans son droit du travail? Jusqu’ici, les libéraux et les conservateurs l’ont toujours emporté. Mais selon une étude récente de l’OCDE, les bonnes performances de l’économie allemande réalisées depuis 2010 au prix d’une aggravation sans précédent des inégalités pourraient changer la donne. Le parti social-démocrate et les syndicats travaillent à imposer ce qui serait un tournant de fond dans la culture économique allemande. Car jusqu’ici prévalait un principe fondateur du système de l’économie sociale de marché à l’allemande: celui de l’autonomie des partenaires sociaux. Selon ce principe, le niveau des salaires résulte de la libre confrontation du patronat et des syndicats qui négocient – parfois très longuement – pour parvenir à un consensus sur un prix du travail ou « tarif ».

 

Les syndicats, très puissants, négocient branche par branche pour des milliers de salariés. Le tarif de branche de base est ensuite appliqué à toutes les entreprises d’un même secteur, avec des avantages variables selon les firmes. Le principe de l’autonomie des partenaires sociaux fait en général consensus en Allemagne: il permet en général aux salariés d’obtenir de bonnes conditions de travail et garantit aux employeurs la paix sociale. Ainsi dans l’industrie, les salaires se situent à un niveau élevé, au-dessus des 8,50 euros de l’heure réclamés comme salaire minimum par les syndicats. Pour la fédération des patrons, le salaire minimum est donc inutile voire contre-productif, car il freine par exemple l’embauche d’apprentis à un salaire intéressant pour l’entreprise, ce qui permet aux jeunes de mieux s’insérer. Problème: la flexibilisation du marché du travail, mise en place à partir de 2003, a considérablement bouleversé les règles du jeu traditionnelles.

 

Les emplois à temps partiel ou à durée déterminée se sont multipliés, surtout dans les très petites entreprises et les activités à bas salaires, où les syndicats ont peu de poids. Dans ces structures, l’absence de salaire minimum se fait cruellement ressentir: une classe de travailleurs pauvres, travaillant parfois pour moins de 5 euros de l’heure, s’est développée. C’est le revers de la médaille du faible taux de chômage allemand – 6,4% en novembre 2011. Les partis de gauche et les syndicats ne manquent pas d’arguments en faveur du salaire minimum. Les économistes estiment que sa mise en place, réservée de facto à certains secteurs, n’aurait aucune conséquence macroéconomique. « La compétitivité allemande repose sur l’industrie, où les salaires sont plus élevés que ne le serait le salaire minimum, explique Karl Brenke, chercheur à l’Institut économique de Berlin. Les conséquences de l’instauration d’un salaire minimum joueraient indirectement, et plutôt à la marge sur la compétitivité, en élevant les salaires par exemple dans les services sociaux ou de sécurité ou encore les services à la personne. »