Pradeep Gupta, PDG de Cybermedia: « L’argent ne manque plus pour les entrepreneurs indiens »

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Commerce International : Dans le sillage des gros « deals » comme ceux d’iFlex et de Flextronics, rachetés chacun à plus de 900 millions de dollars, où en sont les rachats d’entreprises informatiques indiennes ?

 

Pradeep Gupta : « Si l’on totalise la somme des 15 plus gros rachats d’entreprises informatiques indiennes par des sociétés étrangères sur ces dernières années, on arrive 3,6 milliards de dollars. Inversement, les acquisitions de la part de sociétés indiennes à l’étranger s’élèvent à 1,2 milliard de dollars. Cela signifie que les échanges financiers, dans cette industrie, se déroulent à une échelle réellement globale. Et dans les deux sens. Aujourd’hui, malgré la baisse du dollar, les leaders indiens des sociétés de services informatiques, TCS, Wipro, Infosys disposent d’énormes réserves de cash. Et comme le marché exige de ces acteurs de grossir, je prévois que d’ici 18 mois une entreprise indienne rachètera une société étrangère majeure. »

 

Que se passe-t-il au niveau des sociétés de moindre envergure ?

 

P. G. : « On constate une accélération considérable dans les acquisitions dont les montants vont de 100 à 500 millions de dollars. Je pense au rachat de l’Indien Genpact (logiciels bancaires) par l’Américain General Atlantic pour 500 millions de dollars. Ou celui de Office Tiger par RR Donnelley pour 250 millions de dollars. Les sociétés indiennes font aussi leur marché en Inde. Wipro a racheté Spectramind pour 110 millions de dollars. C’est très significatif d’une tendance. »

 

En ce qui concerne les start-up du logiciel « Made in India », comment sont les nouveaux entrepreneurs ?

 

P. G : « Jusqu’ici, les éditeurs se sont focalisés sur des marchés très verticaux dans la banque ou les télécoms car il était trop risqué de concurrencer SAP, Oracle ou Microsoft. À présent, les jeunes patrons ont plus confiance en eux-mêmes et n’ont pas peur de prendre davantage de risques. Par ailleurs, l’argent est désormais disponible et en grandes quantités. Aussi bien en provenance d’Inde que de l’étranger. Enfin, le marché domestique atteint une taille qui leur permet de faire leurs armes en Inde. Au lieu d’être obligés de s’exiler à l’export. C’est beaucoup plus facile. Reste qu’ils manquaient de financement entre le ‘‘Love Money’’ et le capital-risque pour des sommes allant de 100 000 à 2 millions de dollars. L’Indian Angel Network comble ce manque. Mais il y en a d’autres. Surtout, la Banque indienne de développement des PME vient de recevoir le support du gouvernement pour créer un fonds 500 millions de dollars qui devrait être opérationnel le mois prochain. »

 

Les grosses SSII occidentales peuvent-elles devenir des cibles pour les Indiens ?

 

P. G. : « Oui. Le marché les pousse à la concentration. De plus elles ont le cash. D’ici moins de 18 mois, des SSII indiennes vont procéder à des acquisitions majeures de SSII occidentales. »