Philippe Roussy, le président de la CCI Touraine sait que la chambre de commerce et d’industrie qu’il préside est loin d’être au meilleur de sa forme, mais il ne compte pas baisser les bras pour autant et mise sur le contexte économique favorable pour relever la CCI.

Philippe Roussy déclare que «depuis 2010 notre budget a pratiquement été divisé par deux. Nous avons perdu 45% de nos ressources fiscales qui correspondaient environ à 45% de notre budget et en 2015 l’État a vidé nos caisses en prenant 5 millions d’euros dans notre trésorerie. Nous avons aujourd’hui 6 millions de budget pour l’année alors que c’était 12 millions en 2010. De plus, nous avons dû emprunter 8 millions d’euros et on nous annonce 17% de baisses de ressources fiscales pour 2018…» C’est dans ce contexte très difficile pour les CCI dans toute la France, que le député LREM Philippe Chalumeau a déposé un amendement au budget 2018 afin de lancer un fond de soutien aux CCI pour un budget s’élevant à 20 millions d’euros pour tout le territoire.

«Nous comptions 80 salariés en 2010, et nous sommes à moins de 60 aujourd’hui. Les départs n’ont pas été remplacés. Mais là, nous allons peut-être entrer dans une phase où les départs ne seront pas forcément naturels. Nous pourrions enclencher un plan de départs volontaires. On va en profiter pour restructurer notre mode de fonctionnement : il y a certainement des choses à faire pour gagner en productivité. Il faut fonctionner comme une entreprise, pas comme une administration.» Les CCI de la région Centre-Val de Loire qui cumulent plus de 400 salariés sont d’ailleurs en train de mutualiser certains postes ce qui représente un «gros enjeu» selon Philippe Roussy.

La revente du siège pourrait permettre de combler au moins en parti le déficit de la CCI

La CCI Touraine compte aussi réaliser des économies en revendant son siège historique. «On en saura plus d’ici la fin de l’année. Tant que l’on est dedans nous sommes propriétaires mais il y a un sujet pour le jour où l’on part. Il faudra un accord avec d’autres acteurs, dont le Conseil Départemental. Il faudra aussi gérer le déménagement du Tribunal de Commerce.» Philippe Roussy explique que «plusieurs promoteurs sont intéressés pour ce bâtiment, nous avons des offres.» Son président ne sait pas encore où la CCI atterrira par la suite: «On saura quand on vendra et là on verra pour se restructurer» indique Philippe Roussy.

Philippe Roussy souhaite aussi renforcer la visibilité de la CCI en mettant plus de conseillers sur le terrain. Il souhaite que ses agents aillent au contact des entreprises pour savoir ce qu’elles veulent, faire plus facilement remonter leurs projets, les dispositions pour les mettre en oeuvre, et comment la CCI peut y contribuer.

La CCI Touraine veut passer de 450.000€ à 6000€ de contribution maximum pour l’aéroport de Tours

Le Président de la CCI Touraine souhaite aussi réduire drastiquement la contribution de son institution envers l’aéroport de Tours pour lequel elle contribue à hauteur de 450 000€ par an. Il souhaiterait désormais une contribution maximale de 6000€, soit 1% de son budget. Philippe Roussy argue pour sa défense que les autres partenaires financiers de l’aéroport (métropole, département, région) le financent entre 0.16% et 0.40% de leur budgets seulement. Il a donc la ferme intention de négocier un nouvel accord en ce sens.

Il revient aussi sur la fermeture annoncé de Tupperware à Joué-lès-Tours et n’en est d’ailleurs pas surpris: «les multinationales ne s’amusent pas à dire ce qu’elles vont faire. Elles savent où elles veulent aller et le disent quand elles l’exécutent. Il faut l’accepter, et ce n’est pas faire preuve d’inhumanité vis-à-vis des salariés. Il faut juste que le système puisse accompagner et trouver autre chose qui leur corresponde pour leur permettre de rebondir. D’ailleurs, si on met en parallèle le nombre d’emplois créés dans les petites industries du département, pas sûr qu’il y en ait moins de 230…»

Souhaitant aussi plus de flexibilité dans le monde du travail Philippe Roussy déclare qu’«il faut prôner l’agilité. Certains cycles se détruisent et sont remplacés par d’autres cycles. Si on veut de la croissance il faut de l’innovation, s’ouvrir à l’international et proposer des services à ses clients. Quant aux salariés, le constat général c’est qu’aujourd’hui plus personne ne fait de carrière linéaire dans une même entreprise.» Il espère que le plan de sauvegarde de l’emploi de Tupperware portera ses fruits et que l’obligation de la firme de cotiser pour la revitalisation économique du territoire créera de l’emploi. «Ça déclenche des embauches sur des domaines d’activité qui ne sont pas ceux d’origine. Les aides peuvent représenter 5-6 000€ par poste. Cela fait 50 000€ pour une entreprise qui recrute 10 personnes» rappelle Philippe Roussy.

Au sujet de la confiance des entrepreneurs avec la situation économique en Touraine, Philippe Roussy déclare: «Je ne sens pas les chefs d’entreprises nerveux. Ils sont plutôt sereins, les commandes sont bonnes. Les difficultés qui remontent sont le manque d’accès au numérique en zone rurale, qui devrait se régler via l’action du Conseil Départemental, et le recrutement. C’est un paradoxe : il y a beaucoup de chômeurs mais on a du mal à recruter. Même dans l’industrie. Il y a un travail de fond à faire, une réflexion à mener pour recréer une relation entre les uns et les autres.»

La transformation de l’agglomération en métropole pourrait dynamiser l’économie en 2 ans

Enfin le Président de la CCI Touraine estime que la transformation de l’agglomération de Tours en métropole pourrait donner de bonnes perspectives économiques d’ici seulement 2 ans. Il se montre par contre prévenant en déclarant que «nous ne serons jamais un territoire avec de grosses industries ou de grosses PME. Le jour où l’on aura une vingtaine d’entreprises entre 250 et 5 000 salariés ce sera déjà bien mais ça ne se décrète pas du jour au lendemain.»