Prévenir les risques psychosociaux: entretien avec Élodie Montreuil

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D.R.
Dans un contexte de crise économique, les risques psychosociaux évoluent et augmentent. Spécialiste de la prévention des risques psychosociaux au travail et consultante au cabinet Secafi, Élodie Montreuil revient sur ces maux du travail.

Comment ont évolué les risques psychosociaux (RPS) dans les entreprises observées depuis le début de la crise économique ?

Élodie Montreuil : « Outre l’intensification du travail, nous observons surtout une conduite permanente du changement. Auparavant, les réorganisations de service structuraient la vie de l’entreprise de façon ponctuelle, permettant aux salariés de s’adapter et aux entreprises qui le souhaitaient de les y préparer. Les risques psychosociaux augmentent, car cela crée des difficultés professionnelles, comme le glissement de fonctions ou une définition des responsabilités beaucoup plus floue. Or, l’absence d’accompagnement peut créer les conditions d’un épuisement professionnel chez les salariés. »

 

Quels cas récurrents rencontrez-vous ?

É. M. : « Dans leur conduite du changement, les directions ne veulent pas divulguer trop d’informations pour ne pas susciter de craintes. Résultat : les peurs sont cristallisées et les risques psychosociaux internes se régénèrent. Cela pose un certain nombre de questionnements, en particulier sur le sens du travail. Le secteur bancaire a connu par exemple une évolution des métiers très importante ces cinq dernières années (nouvelles réglementations, fusions de services support, etc.). Le conseiller clientèle répond à de nouveaux objectifs de vente et à de nouvelles normes sans savoir vers qui se tourner pour continuer à répondre aux attentes de ses clients. Des personnes qui avaient fait le choix de ce métier et en tiraient une réelle satisfaction ne trouvent plus de sens à leur travail. Ils obtiennent de mauvaises évaluations hiérarchiques et peuvent se trouver en conflit avec de nouveaux salariés, qui répondent mieux aux critères d’évaluation mis en place récemment. »

 

Observez-vous des différences notables entre grandes et petites entreprises dans la mise en place de la prévention des RPS ?

É. M. : « La prévention est souvent plus difficile à mettre en œuvre dans les petites entreprises, car il n’existe pas de Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (constitué dans toutes les entreprises d’au moins 50 salariés, ndlr) qui permet de poser la question des conditions de travail. Les médecins du travail sont donc des acteurs essentiels, car ils constatent les difficultés rencontrées par le personnel ; mais tout va dépendre du temps dont ils disposent pour répondre aux nombreuses demandes des salariés et des directions. Par ailleurs, au sein des petites structures, la forme des risques psychosociaux se cristallise beaucoup dans le conflit interindividuel : l’individu est considéré comme responsable du problème sans que l’organisation du travail soit remise en cause. »

 

Prévenir les risques psychosociaux, d’Élodie Montreuil, Dunod (juin 2011), 224 pages, 24 euros