R&D : les entreprises allemandes restent à la pointe de l’innovation

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2011 aura été l’année record pour la Recherche et l’innovation allemandes. 74,6 milliards d’euros auront été dépensés en R&D, dont 50,3 milliards par les entreprises. Elles ont ainsi réévalué leur budget de 7,2 % en l’espace d’un an. L’Etat, de son côté, suit la tendance : ses dépenses en R&D ont augmenté de 46 %, à 13,6 milliards d’euros, entre 2005 et 2011.

Ces investissements valent à l’Allemagne de se placer au premier rang européen en matière de Recherche, avec 2,9 % du PIB qui lui sont consacrés, contre 2% en moyenne dans l’Union europénne. La part revenant aux entreprises est passée de 1,45 % du PIB en 1995 à 1,94 % en 2011.  En l’absence des chiffres 2012, les sondages de la DIHK, la fédération des CCI allemandes, font apparaître en dépit de la crise un engouement inchangé pour l’innovation.  Ainsi, sur les 1000 entreprises innovantes – dont deux tiers de PME – interrogées fin 2012, 48 % ont annoncé qu’elles augmenteraient leurs investissements en R&D au cours de cette année. Alors que 47 % maintiendront leur niveau de 2012, seules 5 % déclarent devoir réduire ce volant d’activités.

Ce forcing sur la R&D en dépit de la crise n’est pas fortuit. Les entreprises allemandes entendent grâce à leur potentiel de R&D maintenir la compétitivité de leurs exportations, mais aussi affûter leurs ressources pour la sortie de la crise. Ainsi, la machine outils et la construction mécanique gardent en ligne de mire le redémarrage de l’économie américaine lié à la ré-industrialisation annoncée. Du reste, le continent américain est aujourd’hui le marché le plus porteur d’espoir pour les constructeurs automobiles allemands. 

 

 

 

 

 PME ignorées de l’université

Dans son analyse du sondage, la DIHK n’en pointe pas moins quelques obstacles. Ainsi, si 62 % des entreprises ont pu en 2012 continuer à financer leur innovation dans des conditions similaires aux années précédentes, 32 % ont éprouvé des difficultés à récolter les fonds nécessaires. Elles estiment par ailleurs que les conditions de financement externe se détérioreront au cours de cette année. 18 % des entreprises interrogées affirment même ne pas pouvoir percevoir d’aide extérieure.

Ces difficultés de financement de la R&D s’accentuent dans le cas des PME, dont 57 % déclarent ne compter que sur leurs propres capitaux pour développer leurs nouvelles technologies.

Paradoxalement, comme le révèle la DIHK, la politique de l’Etat en faveur de la Recherche et de l’Innovation reste méconnue des entreprises. Seules 10 % d’entre elles connaissent par exemple la stratégie high-tech du gouvernement, qui détermine dix projets d’avenir* à l’horizon 2020.

Isolées dans leurs efforts d’innovation, nombre d’entreprises déplorent par ailleurs le manque de transparence dans le monde de la Recherche et dans le milieu universitaire. Elles éprouvent ainsi des difficultés à identifier les centres de Recherche en phase avec leur domaine d’activités. „Beaucoup d’universités ne considèrent pas encore le transfert technologique comme leur coeur de métier, principalement lorsqu’il s’agit de coopérer avec les PME“, déplore Hans Heinrich Driftmann, président de la DIHK. Pour autant, 38 % des entreprises interrogées déclarent vouloir  intensifier leurs relations avec les scientifiques.

 

Des conditions politiques favorables

Cette volonté des entreprises allemandes d’ intensifier coûte que coûte  leur innovation correspond à l’image que le pays donne à l’international. Ainsi, le contexte scientifique, économique et juridique est jugé très favorable par les dirigeants d’entreprise étrangers. Dans son baromètre mondial 2012 de l’innovation effectué pour General Electric (GE), le cabinet d’études et d’évaluation Strategy One souligne l’image positive dont jouit l’Allemagne auprès des 3100 dirigeants de 25 pays différents interrogés. La République fédérale  y remporte la deuxième place, juste derrière les USA, et se place même en pole position pour son  cadre politique jugé stimulant pour l’innovation.