Rencontre avec Yves Elsen, président du Groupement luxembourgeois de l’aéronautique et de l’espace

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Commerce International : Le Luxembourg a rejoint l’ESA (Agence spatiale européenne) en 2005. Cette adhésion a-t-elle ouvert la voie à de nouvelles opportunités industrielles ?

 

Yves Elsen : « C’était une étape décisive qui détermine le développement actuel et futur du Luxembourg sur le plan aéronautique et spatial. Le pays a souhaité cette adhésion pour plusieurs raisons. Le Grand-Duché disposait déjà d’un savoir-faire et d’une culture importante dans ce domaine. Il se présente comme le berceau d’acteurs importants comme la Société européenne des satellites (SES), grâce à laquelle les plus grands satellites de télécommunication voient le jour. Avant de devenir membre de l’ESA, le Luxembourg était déjà membre du groupe ARTES (Advanced Research in Telecommunications Systems), un autre programme de recherche à long terme sous l’égide de l’Agence spatiale destiné à développer les services et produits liés aux satellites de télécommunications. Rejoindre l’ESA était la suite logique des choses. Le gouvernement a ainsi souhaité pérenniser son engagement et l’étendre à d’autres secteurs. Cette évolution s’inscrit dans la dynamique de diversification économique globale du pays. Elle reflète l’approche en matière de politique de R&D mise en place depuis plus d’une décennie. C’est une démarche intéressante et constructive, car l’Agence spatiale n’a pas seulement des programmes commerciaux. Elle mène aussi des projets préparant des industries européennes aux défis concernant les nouvelles générations de satellites, soit pour des systèmes de navigation comme Galiléo, soit pour des systèmes d’observation de la terre. »

 

La formation et la recherche dans ce secteur occupent-elles désormais une place centrale ?

 

Y. E. : « Nos centres de recherche publique, spécialisés dans divers domaines, sont désormais très actifs. Grâce aux différents partenariats et aux nouveaux moyens, ils contribuent à améliorer la formation des chercheurs et ingénieurs. Certaines compétences ont pu être renforcées grâce à d’importants programmes d’investissements. Des accords particuliers se mettent en place. Une convention tripartite a été signée en 2008 entre l’International Space University (ISU) de Strasbourg, le centre de recherche publique Henri-Tudor et le GLAE dans le but de mettre sur pied des formations spécifiques sur les métiers de l’espace. On profite ainsi directement du savoir-faire des professeurs de l’ISU. On crée des réseaux impliquant les acteurs des différentes entreprises et institutions. Il s’agit d’une mesure d’accompagnement permettant à des professionnels de la mécanique, de l’électromécanique, de l’informatique ou des communications de s’orienter vers les métiers de l’espace. Les formations porteront, par exemple, sur la définition précise de ces métiers, le cadre réglementaire à respecter, les procédures lors d’appels d’offres d’organismes comme l’ESA. L’accès au secteur ne sera donc plus la chasse gardée des seuls spécialistes de l’aérospatial. »

 

Quelles forces vives particulières l’ESA a-t-il visées au Luxembourg ?

 

Y. E. : « Les atouts du Grand-Duché sont multiples, mais plusieurs compétences très précises ont été identifiées suite à l’audit de l’Agence spatiale en 2003 et 2004, comme la capacité à construire des systèmes au sol pour des antennes de haute précision. Celles-ci sont utilisées pour la télémétrie, la téléconduite et le contrôle des satellites sur orbite. Le potentiel luxembourgeois permet également de s’impliquer dans le développement d’autres types de sociétés dont l’activité principale n’est pas nécessairement liée à l’aéronautique et l’espace. »

 

Le potentiel de l’aérospatial peut donc également profiter aux entreprises extérieures à ce secteur ?

 

Y. E. : « Bien sûr. Le Luxembourg possède un tissu de PME spécialisées dans des métiers de pointe qui peuvent être mis en valeur par ce nouvel élan. Le but est donc aussi d’établir une meilleure coopération avec ces PME. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont un élément indispensable pour la gestion des satellites. En ce domaine, le Grand-Duché recèle des pépinières d’entreprises particulièrement avancées et compétentes. Les TIC et les métiers de l’espace constituent aujourd’hui un amalgame constructif pour de futurs projets. On assiste de plus en plus à une dynamique de diversification au sein des entre prises. Nul doute que le Luxembourg va prochainement accueillir de nouvelles entreprises sur son territoire pour épauler les projets du secteur. »