Sébastien Jallade, un homme aux semelles de vent

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Sébastien Jallade signe un court et brillant essai, malicieusement sous-titré Petite mystique du voyageur en partance.

Jallade_juin2010

À l’ère du tourisme de masse, il est réconfortant de constater qu’une poignée de nos contemporains continue à lui préférer l’aventure sauvage, le voyage en solitaire, la marche de plusieurs mois. Pourtant, l’auteur de cet ouvrage, Sébastien Jallade, se refuse à stigmatiser les comportements grégaires dans le domaine de l’évasion. Cette remarquable mansuétude va de pair avec la sincère modestie d’un homme parfaitement conscient de sa chance. Né en 1973 à Washington D.C. d’un père français et d’une mère argentine, Sébastien Jallade (1) parcourt le monde depuis l’âge de 15 ans. Auteur du documentaire télévisuel « Qhapaq Nan, la voix des Andes » (réalisé par Stéphane Pachot, 1 h 18, Elkin Communication, 2009), il signe avec L’appel de la route un court et brillant essai.

 

Car, c’est l’instant qui précède le départ qui intéresse ici l’auteur, celui où, très souvent, surgissent les interrogations profondes sur le sens à donner au voyage. Il n’est donc pas surprenant de retrouver en exergue cette citation extraite de La vie est ailleurs de Milan Kundera : « Et il n’est rien de plus beau que l’instant qui précède le voyage, l’instant où l’horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses ». L’aventure vécue par les explorateurs de nouveaux mondes jusqu’au XIXe siècle n’étant plus vraiment envisageable sur cette planète, Sébastien Jallade analyse avec patience et concision les rêves, les mythes et parfois les leurres sur lesquels reposent les velléités de départ des voyageurs modernes.

 

Loin de rechercher l’émerveillement pour l’émerveillement, il montre à quel point le voyage se nourrit avant tout de rencontres : rencontr e avec autrui, pour assumer l’altérité, et in fine rencontre avec soi-même. C’est dans cet ultime face-à-face avec lui que le voyageur finit par intégrer le concept d’identité, une identité qui se forge à la fois dans le recueillement et dans l’échange. C’est ainsi que Buenos Aires au Caire, de Lima à Paris, de Téhéran à Nicosie, de Tokyo à Caracas, Tanger ou Bangkok, Sébastien Jallade (et quelques-uns de ses amis) promène son humanisme visionnaire en bandoulière et porte un regard empreint de sérénité sur l’extraordinaire explosion des voyages et des migrations à l’échelle du globe. Son essai aux accents poétiques l’amène à adopter au moins une résolution qu’on peut prendre en exemple : « Je cherche à maintenir béantes les lisières des lieux d’où je m’exprime ».

 

(1) L’auteur de cet ouvrage a par ailleurs fondé en 2004 Voix nomades, l’un des tout premiers sites communautaires de voyageurs, qui réunit plus d’un millier de membres : www.voix-nomades.com.

 

L’appel de la route

de Sébastien Jallade

Édition Transboréal

(2e édition, novembre 2009)

100 pages, 8 euros