Secteurs créateurs d’emploi en France: quelle différence avec l’Allemagne?

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Parallèlement aux perspectives établies à long terme1, le rapport publié ce mois-ci par le Centre d’Analyse Stratégique (CAS) sur les secteurs créateurs d’emploi en France pour la période 2011-20162 présente des perspectives favorables pour les secteurs « à l’abri » de la concurrence étrangère. Ainsi, les services aux entreprises, les services personnels et d’utilité collective, ainsi que les services d’intermédiation totaliseraient 944 000 créations d’emplois sur la période 2011-2016. Si les services liés à l’âge devraient également être créateurs d’emploi outre-Rhin au cours des prochaines années, en raison du vieillissement de la population, « l’Allemagne a mieux anticipé que la France cette croissance de la population âgée et s’est attachée depuis plus longtemps à la formation du personnel au service des seniors », explique Isabelle Bourgeois, chargée de recherche au CIRAC3, tempérant toutefois les incertitudes quant au mode de financement de ces services.

 

D’une manière générale en Allemagne, la formation professionnelle est mieux calée sur les besoins réels. Ainsi, 40% des Allemands suivent un apprentissage; et les passerelles entre formations techniques et « intellectuelles » ne sont nullement étanches. « En Allemagne, les formations visent non seulement à apprendre à exécuter des tâches, mais aussi à anticiper et faire évoluer ses compétences grâce à des formations tout au long de la vie, proposées le plus souvent sur le lieu de production », explique Isabelle Bourgeois. Les entreprises sont ainsi pleinement partie prenante de la définition et de l’élaboration des formations. « L’Allemagne a une approche de terrain, contrairement à la France où domine une logique administrative », observe Isabelle Bourgeois.

 

Elle souligne le rôle que pourraient jouer les chambres de commerce, véritables « courroies de transmission entre les besoins des entreprises et les formations initiales et continues à proposer ». Par ailleurs, là où la France qui adopte souvent une attitude défensive vis-à-vis de la concurrence étrangère, « l’Allemagne voit l’Europe comme un espace de mobilité et sait mieux anticiper les évolutions sociétales et économiques », observe Isabelle Bourgeois. Ainsi, contrairement à la France qui a subi de plein fouet, dans certains secteurs comme l’électronique ou le textile, la concurrence chinoise engendrée par l’entrée de la Chine à l’OMC en 2004, l’Allemagne a su mieux se préparer en misant sur les produits à très haute technicité. Une démarche que semble valider le rapport du CAS: les secteurs technologiques et haut de gamme seraient, selon lui, pourvoyeurs d’emplois au cours de la période 2011-2016.

 

Notes:
1 note de synthèse du CAS n° 259 sur les secteurs de la nouvelle croissance à horizon 2030.
2 note d’analyse du CAS n° 258 sur les secteurs créateurs d’emploi à moyen terme, publiée en janvier 2012.
3 CIRAC: Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine. Isabelle Bourgeois est également rédactrice en chef de la revue Regards sur l’économie allemande.

 

Rapport sur l’emploi du Centre d’analyse stratégique: