Sécurité numérique: zoom sur la société française Gemalto

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Titulaire d’un diplôme d’ingénieur de l’ENSAM et d’un diplôme d’administration des entreprises de l’IAE d’Aix-en-Provence, Jacques Seneca a débuté sa carrière chez STMicroelectronics. Il est entré chez Gemplus en 1989 et y a occupé plusieurs postes de direction. Avant d’être nommé à son poste actuel, il a été président de Gemalto Europe et a également dirigé les branches Identité et Sécurité et Développement.

 

Commerce International : Pour quelles raisons les États sont-ils de plus en plus nombreux à mettre en place des systèmes de documents d’identité électroniques ?

 

Jacques Seneca : « Rappelons tout d’abord que le droit d’identifier les citoyens et le devoir de protéger leur identité relèvent du domaine régalien par excellence. La sécurité des États passe aujourd’hui par une diminution de la fraude documentaire. Les moyens de fraude ayant significativement augmenté, l’addition de composants électroniques de sécurité et leurs logiciels associés renforcent substantiellement ces documents. La modernisation des documents d’identité et de voyage, des permis de conduire, mais aussi des documents des domaines santé-social permet aux États de garantir aux citoyens la protection de leurs données personnelles et la confidentialité de leurs échanges, de mettre en place une plate-forme mutualisable de création de titres et de services pour l’ensemble des administrations et de se mettre en conformité avec les standards internationaux des documents d’identité et de voyage en particulier. Enfin, cette modernisation crée les fondations d’une économie numérique moderne ».

 

Pourquoi les démocraties naissantes ont-elles particulièrement intérêt à lancer la mise en place de titres d’identité électroniques ?

 

J. S. : « Lorsqu’il s’agit de construire la démocratie – à commencer par la validation de l’identité nationale pour chaque citoyen -, d’agir pour la réconciliation nationale, d’assurer plus de transparence et de lutter contre la corruption, alors la modernisation des documents nationaux apporte sans nul doute sa contribution à l’édifice, tant il est vrai que ces nouveaux titres sécurisés vont permettre à l’État de garantir sa sécurité et au citoyen de mieux exercer ses droits et devoirs. Pour les États, avoir une base de données nationale solide de tous les citoyens est aussi un point de départ majeur qui permet de garantir la légitimité de résultats d’élections déterminantes pour le futur. »

 

Gemalto intervient en Libye, de quelle façon, et pour faire face à quels enjeux ?

 

J. S. : « Gemalto a souhaité s’associer dès les premiers instants à la reconstruction. Il s’agit d’un engagement aux côtés d’un peuple qui a vécu en état de guerre pour reconstruire le pays le plus vite possible et assurer le redémarrage économique. Dans le domaine de la gestion de l’identité et en particulier de l’émission de documents nationaux sécurisés et de leurs infrastructures (registre national d’État civil, enregistrement des citoyens, délivrance des titres), les systèmes sont à l’arrêt. Beaucoup d’équipements ont été volés et les bases de données ont sans doute été affectées. La nécessité d’émettre de nouveaux documents d’identité et de voyage est donc un grand chantier et une priorité pour la Libye. Elle est indispensable pour assurer notamment la cohésion nationale, la reconstruction, la protection contre les infiltrations terroristes ou la fraude à l’identité, et assurer une vie démocratique juste et équilibrée. Dans cet effort de reconstruction, Gemalto met son expertise et son expérience au service de l’État libyen et de ses citoyens. »

 

Avez-vous d’autres exemples d’intervention récente ?

 

J. S. : « Au Bénin, pays de plus de 8 millions d’habitants, nous avons participé en début d’année à l’enregistrement électronique des données biométriques de la population pour les élections présidentielles du mois de mars. L’urgence était la particularité de ce projet ! Ces élections ont été citées en modèle par de nombreux observateurs, notamment grâce à la simplicité et la fiabilité de la chaîne de l’enregistrement des citoyens jusqu’au transfert des données au registre central. Un autre exemple est la Turquie, où nous avons dû prendre le relais d’un concurrent et fournir une solution de personnalisation pour les nouveaux passeports électroniques du pays en quelques semaines. Ces succès ont renforcé la présence de Gemalto en zone Méditerranée et en Afrique, où plusieurs programmes gouvernementaux ont déjà été déployés, notamment en Algérie, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Maroc, en Afrique du
Sud et en Tunisie. »