Selon le rapport 2010 de la CNUCED, l’investissement étranger connaît un sursaut dans le monde

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Sorties d’IDE dans les 20 premiers pays ou territoires, 2008-2009 (en milliard de dollars) World FDI flows, top 20 countries or territories, 2008-2009 (in billions of dollars)
Si les investisseurs se montraient frileux face à la crise, ils devraient bientôt reprendre confiance. C’est ce qu’annonce le rapport de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) sur l’investissement dans le monde en 2010. Pays en développement et économie verte tirent leur épingle du jeu.

 

Des flux mondiaux en progression : voilà l’une des principales conclusions du Rapport sur l’investissement dans le monde 2010 réalisé par la CNUCED. Parue en juillet dernier, cette étude décrypte les tendances majeures. Et elle se montre optimiste, en particulier grâce à l’amélioration des bénéfices des entreprises et de la conjoncture. Les apports d’investissement direct étranger (IDE) se sont redressés dans la première moitié de 2010. Ils devraient s’élever à plus de 1 200 milliards de dollars (866 milliards d’euros) cette année et approcher les 2 000 milliards de dollars (1 443 milliards d’euros) en 2012. Ils retrouveraient alors quasiment le niveau de 2007 (2 100 milliards de dollars, soit 1 515 milliards d’euros).
Une bonne nouvelle pour les entreprises européennes, marquées par la crise et qui avaient dû revoir à la baisse leurs investissements étrangers. Pour la CNUCED, « avec la chute des bénéfices et sous l’effet des pressions financières, peu de bénéfices ont été réinvestis, des dividendes ont été affectés différemment et des prêts intragroupes ont été remboursés ».
En terme de sorties, c’est la Grande-Bretagne qui a connu la plus importante diminution au niveau de l’IDE passant de 161 milliards de dollars (116 milliards d’euros) en 2008 à 18 milliards (13 milliards d’euros) en 2009. L’Allemagne a aussi souffert en partie à cause d’une demande moins forte au sein des pays développés. Cependant, les PME du pays prévoient déjà une hausse des exportations. Globalement, les vingt-sept membres de l’Union européenne ont bien résisté. L’Italie a su garder sa stabilité, tandis que la Norvège et l’Irlande ont limité la baisse des flux. De son côté, la France, en tête des destinations sources de l’IDE parmi les pays développés, a maintenu un niveau important. Pour ces pays, le redressement des investissements dépend du développement des fusions-acquisitions internationales. Indice encourageant : celles-ci ont connu une nette amélioration en 2010 avec une augmentation de 48 % lors des cinq premiers mois par rapport à l’année dernière. Toutefois, la CNUCED tient à nuancer ces dernières perspectives. Elles pourraient être mises à mal par la fragilité de la reprise économique mondiale.

Repli de l’industrie

En 2009, ce sont surtout les sorties d’investissement direct étranger qui ont connu d’importantes contractions suite au contexte économique avec un recul de 43 %, se situant ainsi à 1 114 milliards de dollars (804 Md€). L’industrie a été largement frappée par la baisse des investissements et accuse un plongeon de 77 % par rapport à 2008. Un phénomène qui ne semble pas s’inverser. Les investisseurs ont choisi de privilégier quelques rares branches dont la distribution d’électricité, de gaz et d’eau, le matériel électronique, la construction et les télécommunications.
Par contre, même si les secteurs primaire et tertiaire ont aussi connu un repli, celui-ci a été moins fort, à l’exception de certaines activités telles que les transactions dans les services financiers. Industries extractives, services aux collectivités et aux
particuliers attirent toujours les investissements. Malgré le contexte économique, l’organisation onusienne affirme que « la crise mondiale n’a pas mis fin à la mondialisation de plus en plus poussée de la production ». Les sociétés transnationales (STN) ont été très incitatrices. La part des filiales étrangères dans le produit intérieur brut (PIB) mondial s’est ainsi élevée à 11 %, un chiffre record. Leurs effectifs ont même augmenté. Et en 2011 et 2012, elles comptent accélérer leur expansion à l’international.

Le rôle moteur des pays en développement

Les pays en développement et les pays en transition apparaissent comme des destinations de choix pour les investissements étrangers. Il faut dire qu’ils ont globalement mieux résisté à la crise que les pays développés. Parmi eux, se distinguent le Brésil, la Fédération de Russie, l’Inde et la Chine. Véritables locomotives de croissance, ils font partie des vingt premiers pays en termes d’entrées et de sorties d’investissement direct étranger (voir graphique). Ainsi, même si les fusions-acquisitions internationales se réalisent entre pays développés, la part de ces pays pour ces opérations est passée de 26 % en 2007 à 31 % en 2009. Les secteurs porteurs ? Les éléments des chaînes de valeur à forte intensité de main-d’œuvre et les activités de haute technicité.
En Asie, la modernisation industrielle grâce à l’investissement direct étranger s’étend à de nouveaux pays et à de nouvelles industries. Les régions du Sud, de l’Est et du Sud-Ouest intéressent de plus en plus les investisseurs mondiaux. La Chine, elle, confirme son attractivité. En 2009, elle s’est ainsi hissée à la deuxième place des destinataires des flux d’IDE après les États-Unis.
Sur le continent africain, la situation est plus complexe selon les régions. L’Afrique du Nord, malgré une diminution des flux d’IDE, a su minimiser les pertes grâce à la diversification de son économie. Le Maroc et la Tunisie qui accusent respectivement une baisse des entrées d’IDE de 27 % et de 34 % semblent prêts à rebondir. Ils ont ainsi développé de nouveaux métiers et n’hésitent pas à aller à la rencontre des entreprises.
Par contre, les pays les moins avancés (PMA), dont l’économie dépend en partie des investissements étrangers, ont connu une baisse de 14 % en 2009 concernant les IDE. Leur manque de politique efficace reste un frein.

L’économie verte : une opportunité à saisir

En choisissant comme sous-thème à son rapport « Investir dans une économie à faible intensité de carbone », la CNUCED insiste sur un enjeu majeur. Faisant suite à la conférence de Copenhague, son étude détaille les grandes opportunités offertes par l’investissement dans les énergies renouvelables, le recyclage et la fabrication de produits à technologie dite « verte ». En 2009, celui-ci ne représentait pas moins de 90 milliards de dollars (65 milliards d’euros).
Les STN, importantes émettrices de carbone, sont incontournables dans les efforts mondiaux pour réduire l’effet de serre. À la fois responsables et porteuses de solutions, elles vont devoir améliorer leurs procédés de production, fournir des biens et services plus propres et apporter des capitaux et des technologies de pointe indispensables pour lutter contre les changements climatiques. Des impératifs qui devront se ressentir dans leurs investissements au sein des pays en développement. Selon la CNUCED, « les possibilités d’investissements transfrontières à faible intensité de carbone, déjà importantes, deviendront énormes au fur et à mesure que la planète passera à une économie à faible intensité de carbone ». Les secteurs visés sont ceux du transport, de la construction et de la gestion des déchets. Pour parvenir à harmoniser avantages et risques concernant ce domaine, la CNUCED propose de créer « un partenariat mondial ». Un tel projet demande un ajustement des politiques d’investissement. En bref : libéraliser les flux d’IDE tout en les réglementant.
Heureusement, la crise n’a pas conduit à un renforcement du protectionnisme. Sur les 102 mesures de politiques d’investissement adoptées en 2009, 71 favorisent la libéralisation et la promotion de l’investissement étranger. La synergie entre accords internationaux d’investissement et politiques en matière de changements climatiques sera déterminante.