Subramaniam Ramadorai, PDG de Taata Consultancy Services: « Nous voulons figurer dans le top ten mondial »

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Commerce International : Le nom de Tata Group rime avec développement économique et technologique de l’Inde. On pense aux secteurs de l’automobile, de l’agroalimentaire, de l’extraction minière et de la sidérurgie. Qu’en est-il de l’informatique ?

 

Subramaniam Ramadorai : « Sans me vanter, je puis affirmer que c’est avec la création de TCS en 1968 qu’est née l’industrie indienne du logiciel et du service informatiques. Cela ne s’est pas fait tout seul. Ainsi, dans les années 1970, de lourdes contraintes administratives pénalisaient les importations de matériels électroniques. Cela a d’ailleurs découragé IBM qui a jeté l’éponge et a quitté l’Inde. »

 

Cela a dû vous couper l’herbe sous les pieds. Qu’avez-vous fait ?

 

S. R. : « Nous avons alors conseillé le pouvoir politique vers davantage de libéralisme. Mais il a fallu s’armer de patience. C’est ainsi que dans les années 1990, nous avons pu faire revenir IBM. Et, dans son sillage, Hewlett-Packard et Sequent qui fournit des équipements télécoms et réseaux. Nous sommes alors devenus premier distributeur indien de grands équipements télécoms et réseau ainsi que de grands systèmes informatiques Mainframe. Cette position a été un facteur-clé pour le développement de l’informatique indienne. Car nous avons alors pu informatiser bon nombre de ministères fédéraux et de banques. »

 

À cette époque, l’envergure de votre groupe était encore petite. Comment avez-vous grandi et contribué à faire grandir le secteur en Inde ?

 

S. R. : « En 1998, nous avons eu avec le Nasscom, le syndicat professionnel des sociétés de services informatiques et des éditeurs de logiciels, la vision d’une croissance sur 10 ans. Une vision dans laquelle l’Inde allait devenir le leader mondial de l’Offshore informatique. Or, à cette date, le chiffre d’affaires consolidé de l’Off-shore informatique ne dépassait alors pas les 2 milliards de dollars. À l’étranger, tout le monde s’esclaffait ! Mais nous avions raison. L’année dernière, le marché informatique indien a pesé 47,8 milliards de dollars en 2007. Dont 31,9 milliards à l’export (Offshore) pour les marchés étrangers – contribuant à hauteur de 5,8% au PIB indien. À présent, les projections du Nasscom atteignent 60 milliards de chiffre d’affaires du secteur informatique à l’horizon 2010-2012. »

 

Dans ce contexte, quelle est votre ambition ?

 

S. R. : « Nous voulons figurer dans le Top 10 mondial des sociétés de services en ingénierie informatique d’ici 2010. Nous sommes actuellement à la 11e place en termes de chiffre d’affaires, d’après Bloomberg. »

 

Quel est l’impact du secteur informatique sur l’économie de l’Inde et sur la société en général ?

 

S. R. : « Tout d’abord, cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Aujourd’hui, l’Inde compte 2 millions d’informaticiens en exercice. Par ailleurs, l’Inde est capable de diplômer 500 000 ingénieurs par an. Au total, le secteur informatique induit plus de 8 millions d’emplois. Surtout, notre démographie rend durable cette tendance. Nous avons une population structurellement jeune, capable de générer de jeunes ingénieurs tous les ans et pour longtemps. L’informatique tire vraiment notre économie vers le haut. De fait, ce sont 25 millions de personnes qui sortent chaque année de la misère. »