Taxe Tobin: la France joue solo

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D.R.
Paris envisage d’instaurer une taxe sur les transactions financières sur son territoire, au risque d’affaiblir ses métiers de marché.

 

Serpent de mer de mer de la finance internationale, la taxe Tobin sur les transactions financières revient sur le devant de la scène en ce début d’année 2012. A quelques mois des présidentielles en France, Nicolas Sarkozy veut jouer les éclaireurs sur ce projet débattu depuis des années. Début janvier, l’Elysée a pris ses partenaires de court en annonçant qu’un projet de texte sera soumis au Conseil des ministres au mois de février, et intégré dans la loi de Finance rectificative de 2012 pour une application dès cette année ou en début d’année prochaine. La France « n’attendra pas que tous autres pays de l’Union européenne soient d’accord pour mettre en œuvre la taxe sur les transactions financières », a prévenu Nicolas Sarkozy qui en escompterait quelque 500 millions d’euros par an.

Le Premier ministre italien Mario Monti a engagé la France à ne pas agir en solitaire. « Pour être efficace, cette mesure doit concerner au moins la zone euro. » Même son de cloche en Allemagne, où Angela Merkel souhaite suivre le calendrier européen. La chancelière se dit plutôt favorable à cette taxe. Mais le parti libéral FDP, dont est issu le ministre de l’Economie, Philip Rössler, y est catégoriquement opposé, sauf à l’instaurer chez les Vingt-Sept de l’Union. Pour surmonter le rejet du Royaume-Uni au projet, Nicolas Sarkozy serait en passe de convaincre le Conseil européen d’écarter l’option d’une taxe à 27 au profit d’une formule resserrée aux 17 membres de la zone euro. Au mieux, la taxe verrait alors le jour en 2014, un délai jugé trop long par l’Elysée. Pour accélérer la mise en œuvre de cette taxe au niveau européen, l’Elysée peut néanmoins compter sur le soutien de Madrid. A l’issue d’une rencontre avec Nicolas Sarkozy, le nouveau Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, s’est ouvertement prononcé en faveur de la taxe Tobin, qui doit être selon lui être adoptée le plus vite possible.

A Paris, l’hypothèse d’une mise en place d’une taxe « franco-française » suscite l’inquiétude1. L’association Paris Europlace a rappelé son opposition à la mise en place d’une taxe « qui si elle n’était pas européenne affaiblirait l’économie française. » En retenant comme base de calcul le projet de directive européenne – une taxe de 0,1% pour les transactions sur actions et obligations, une taxe de 0,01% pour les dérivés), cela représenterait pour les établissements réalisant des activités de marché en France de 40 à 50 milliards d’euros. Pour l’économiste français Marc Touati interrogé par Commerce International, « une telle taxe abaisserait la rentabilité des activités de marché en France à 2% voire moins, soit une rentabilité inférieure à celui du Livret A (2,25%). » Conséquence: des déplacements massifs de transaction vers la City de Londres. « Cela entraînerait la disparition de plusieurs milliers d’emplois en dix ans, voire de plusieurs dizaines de milliers d’emplois indirectement. » De fait, les expériences d’une taxation sur transactions internationales financières ne sont pas très concluantes. La Suède qui, notamment, l’avait instaurée en 1984 (0,5% sur les transactions financières), y a renoncé en 1990 pour cause de revenus jugés décevants après une fuite des capitaux vers les autres places financières…

1 NDLR: Même du côté des ONG, l’inquiétude domine. Voir ici la réaction de la confédération internationale Oxfam, qui s’inquiète du « grand flou » concernant l’affectation de cette taxe éventuelle.