Thaïlande: les ressources humaines face à la crise

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Caractérisée par une industrie de « bout de chaîne », la Thaïlande est un pays où le coût du personnel est une dépense importante. Pourtant, l’annuelle Compensation and Benefits Survey révèle que 76 % des 120 entreprises basées en Thaïlande interrogées ont continué à recruter pendant la crise. Ce groupe de deux études, piloté par les Chambres de commerce d’Australie et du Royaume-Uni avec la participation de six Chambres européennes, porte sur le premier semestre 2009. « Ce chiffre n’est pas vraiment étonnant », juge Isabelle Michelet, directrice Recherche et Conseil chez Prasena, une société de conseil en gestion des ressources qui a fait le même constat dans une étude indépendante. Si les entreprises ont maintenu les embauches, c’est que la crise n’a pas eu ici la même ampleur qu’en Europe et aux États-Unis. « Seules les entreprises qui exportaient vers ces régions durement touchées ont connu un fort ralentissement de leur activité », assure-t-elle. La première étude des Chambres, réalisée par le cabinet Aon, montre que 56 % des entreprises interrogées ont observé une chute immédiate de leurs commandes, quand 16 % parlent d’une activité équivalente, voire d’une augmentation pour 28 %. Leurs difficultés se sont surtout cristallisées autour du manque de liquidités, en particulier chez les filiales de grands groupes occidentaux.

 

« Alors que le marché local ne le justifiait pas, les directives ont été drastiques (…). Parfois, les filiales ont dû décroître alors que le marché était là », explique Isabelle Michelet. Poussées par leur siège, ou profitant de cette période troublée pour « faire le ménage », les entreprises ont néanmoins tenté de limiter les grosses vagues de licenciements au profit de départs encouragés et non remplacés. « Ces coupes ont le plus souvent été réalisées de manière transversale pour ne pas déstabiliser l’outil de production », ajoute Laurence Ricca, responsable du Pôle emploi et RH de la Chambre de commerce franco-thaïe (CCFT), qui participe aux études. « La situation est toutefois très différente selon les secteurs, nuance-t-elle, et cette enquête est limitée au nombre de répondants. Seules deux entreprises du transport, un des secteurs les plus touchés, ont par exemple renvoyé leur questionnaire. » L’entreprise de fabrication industrielle pour le génie civil Dextra Asia Co Ltd., qui a connu un fort creux dans son activité en février-mars 2009, a, pour sa part, choisi de jouer sur le personnel de production. « Souvent journaliers, ces employés ont suivi les fluctuations du carnet de commandes, note son directeur Jean-Marie Pithon. Nous avons en revanche fait le maximum pour garder le personnel d’encadrement, même en période de ralentissement. Nous en avons même profité pour recruter à des postes clés, car le temps était propice. » Le contexte a en effet mis l’accent sur la notion de « talent » : les entreprises ont tenté de retenir ces « bons » employés pour être prêtes lors de la reprise. Dans un pays où le recrutement d’un non-cadre prend en moyenne 40 à 50 jours, « celles qui n’ont pas pu se le permettre pourront maintenant avoir des difficultés à gérer la reprise d’activité », souligne Laurence Ricca, de la CCFT.

 

L’enquête révèle aussi que les entreprises ont cherché à optimiser leurs ressources humaines ces derniers mois, notamment en améliorant les systèmes de performance. « Les entreprises françaises qui n’avaient pas encore mis en place un système d’indexation de la rémunération sur la performance l’ont fait ou vont le faire », explique la conseillère de la Chambre franco-thaïe. Quant aux salaires, la seconde enquête des chambres, menée par le cabinet Merc, indique qu’ils ont en moyenne augmenté de 5 % cette année. Les bonus ne sont que très légèrement inférieurs à ceux de l’année dernière et les prévisions pour 2010 sont équivalentes. « Les problèmes au sein des entreprises viennent d’incohérences », juge Isabelle Michelet, citant l’exemple de General Motors Thailand. Le constructeur n’a offert qu’un mois de bonus à ses employés malgré d’importants profits l’année dernière. Début octobre, son usine de Rayong (150 km au sud-est de Bangkok) a dû suspendre sa production en raison d’une grève massive des ouvriers. « La crise a, de manière générale, révélé un grand manque de communication interne, sur lequel il va falloir travailler », conclut Laurence Ricca.