The King’s messenger, de David B. Ottaway

8
Comment le pétrole, les armes et Allah parviennent-ils à tisser des liens étroits entre deux pays qui n’ont rien en commun ? Voilà une des grandes questions à laquelle répond le nouveau livre de David B. Ottaway.

Livres_fevrier09

Les relations complexes trois décennies durant des États-Unis et de l’Arabie Saoudite sont finement passées au crible à travers les yeux d’un seul homme : le prince saoudien Bandar Ben Sultan. Alors qu’il fait une carrière dans les forces aériennes saoudiennes dans les années 1970, le prince devient, par un concours de circonstances, le messager du roi Fahd. Il occupe dès lors une position centrale dans les relations diplomatiques entre les dirigeants saoudiens et américains. Bandar conserve ce rôle pendant de longues années avant de vêtir la casquette d’ambassadeur d’Arabie Saoudite à Washington en 1983. Pour de nombreux acteurs, il restera un interlocuteur privilégié au cours des présidences suivantes, tantôt messager exclusif du roi saoudien, tantôt garçon de courses de la Maison Blanche.

 

Mais après les tensions de la fin des années 1990, les rapports cléments entre les deux pays volent en éclats le 11 septembre 2001, avec l’effondrement des tours du World Trade Center. Bandar est pointé du doigt. On scrute avec méfiance la posture de ce personnage atypique, partagée entre le Moyen-Orient et le monde occidental. L’invasion irakienne de 2003 n’arrange pas les choses. Le prix du pétrole s’envole et l’Arabie Saoudite, en perte d’influence, se retrouve impuissante et ne peut infléchir l’ascension des cours. Le fondement même des rapports bilatéraux change de nature, l’entente séculaire entre les deux parties étant basée sur un compromis simple : les Américains ont la garantie d’obtenir du pétrole à un prix raisonnable en échange d’une protection rapprochée contre les adversaires des Saoudiens.

 

David Ottaway aborde avec un grand sens du détail ces différentes étapes historiques, toujours vues par les yeux de ce prince très controversé. En trente-cinq ans de collaboration au Washington Post, l’auteur s’est spécialisé dans les relations entre les deux pays. Même si on peut lui reprocher une approche parfois univoque ou embellie, l’ouvrage reste largement pertinent et avance des idées qui suscitent la polémique : un accord aurait été conclu entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite pour faire baisser les prix du pétrole juste avant les élections américaines de novembre 2004. Le livre n’est pas à proprement parler une biographie. L’auteur en dit peu sur les jeunes années du prince et sa famille. Le travail, axé sur les enjeux politiques autour du prince, est précis et révèle des situations symptomatiques du contexte diplomatique.