Trois questions à Thierry Mayer, coauteur du rapport “The Happy Few: The internationalisation of European firms”

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 Thierry Mayer est coauteur du rapport “The Happy Few: The internationalisation of European firms”

Commerce International : Votre étude a porté sur les enjeux de la compétitivité des firmes européennes. Comment se sont déroulés vos travaux ?

 

Thierry Mayer : « Ce rapport est le fruit d’un travail de réseau de chercheurs basés dans six pays. Pilotés par les think tank Bruegel (Bruxelles) et CEPR (Londres), ces travaux constituent une première et seront renouvelés chaque année. À partir de données nationales très fines, nous mettons en avant des faits et statistiques en nous intéressant aux entreprises plutôt qu’aux secteurs. Quel est l’état de leur présence à l’international ? Quel est le profil des entreprises européennes qui exportent et qui investissent ? Qu’est-ce qui explique leurs bons résultats ? Cela a pour but de définir les politiques nécessaires à une plus grande participation de PME qui sont actuellement exclues des marchés internationaux. »

 

Quels sont vos principaux constats ?

 

T. M. : « Premièrement, les entreprises qui exportent et investissent appartiennent à un club très select. En France par exemple, 1 % des sociétés exportatrices sont à l’origine de 70 % des exportations ! Ce phénomène se retrouve dans tous les pays étudiés. D’où la question des PME et l’intérêt d’accroître leur présence à l’étranger. Pour l’heure, plusieurs facteurs expliquent cette faiblesse, comme, dans le cas de la France, l’accès difficile au marché du crédit et la réticence des PME à rechercher la croissance. En Allemagne ou aux États-Unis, une entreprise croît ou meurt. Nous avons également constaté que lorsqu’un pays était performant sur un marché national, ce succès incombait principalement au nombre d’exportateurs y opérant. Le cas de la France en Allemagne l’illustre parfaitement. »

 

Quelles sont les recommandations de votre rapport ?

 

T. M. : « Il faut mieux cibler les efforts sur les PME, se concentrer davantage sur les causes internes de l’insuffisance des exportations et des investissements. Porter politiquement de très grandes entreprises à l’international, comme lors du dernier voyage officiel à Pékin, ne suffit pas, loin de là. Il faut avant tout réduire les obstacles à l’exportation et à l’investissement direct étranger, afin d’attirer un nombre beaucoup plus important d’entreprises à l’export (1)

 

(1)Pour examiner l’ensemble des constats et recommandations du rapport : www.bruegel.org.