Une fédération de CCI créée en Amazonie péruvienne

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de Thierry Cap de Coume (D.R.)
L’immense Amazonie représente certes un défi pour les investisseurs, mais les entrepreneurs péruviens viennent de se regrouper en fédération.

 

L’idée était dans l’air depuis longtemps et s’est finalement concrétisée au mois de juin. « La Fédération des chambres de commerce (Fedecam) de l’Amazonie est désormais officielle et inscrite au registre public », se félicite Alexander Alban, le président de la CCI de San Martin, également chargé de présider cette fédération. Encore toute jeune, la Fedecam Amazonie est pour l’instant composée de 4 chambres de commerce représentant chacune entre 250 et 330 associés : la CCI de Loreto, la CCI de San Martin, celle de Alto Amazonas et celle d’Ucayali.

Située dans le nord-est du Pérou, toutes représentent une partie de l’immense région amazonienne, un territoire souvent sauvage et consitué d’une épaisse forêt qui s’étend sur quelque 53,5 millions d’hectares. « Beaucoup ne le savent pas, mais plus de la moitié du Pérou (57 %) est située en Amazonie », insiste Victor Valdivia, le président de la CCI d’Iquitos et vice-président de la fédération, avant de rappeler qu’à elle seule, la région de Loreto qu’il représente (368 000 km2) est plus grande que de nombreux pays dans le monde.

« L’Amazonie est très différente des Andes et des départements côtiers qui occupent le reste du pays », insiste Victor Valdivia. Une réalité propre qui a souvent poussé les mouvements amazoniens à se réunir au sein de différentes unités. « Vivre en Amazonie fait que nous avons beaucoup de choses en commun », résume Alexander Alban. L’économie amazonienne repose surtout sur l’exploitation forestière, celle du pétrole et du gaz, le commerce et l’agriculture dans certaines zones dévolues aux plants de café et de cacao, tandis que le tourisme promouvant le « poumon du monde » démarre avec plus ou moins de succès selon la province.

De fait, les chambres de commerces régionales ont, elles aussi, reconnu l’intérêt de se rassembler en un bloc. « Auparavant, il existait la Fedecam de l’Orient, mais elle a disparu », note M. Alban. « Sous l’impulsion de la Confiep (Confédération nationale des institutions entrepreneuriales privées), l’organisation qui représente les entrepreneurs au niveau national et international, les chambres de commerce amazoniennes ont donc décidé de reformer une fédération. Le but? Unir nos forces afin que nos demandes soient davantage prises en compte », affirme Nelson Torres, le président de la CCI d’Ucayali. La plus grande préoccupation des entrepreneurs de la région? « La politique fiscale de l’État », répondent en chœur les présidents des différentes CCI.

Les entrepreneurs situés en Amazonie bénéficient en effet d’avantages fiscaux consistant, notamment, en une exonération de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) équivalant, au Pérou, à 18 % du montant de la vente. « Il est important que ces exonérations soient respectées par l’État », argue Nelson Torres, qui s’oppose fermement aux voix critiquant cet avantage réitéré dans la récente « Loi 27037 d’investissement en Amazonie » (1998) et réclame sa suppression. « Certains veulent périodiquement supprimer l’avantage fiscal, mais les entreprises de l’Amazonie en ont besoin pour exister », revendique le président de la Fedecam, reconnaissant que la bataille fiscale est le point névralgique de l’union des CCI d’Amazonie.

« Tous les deux ans, nous devons faire des actions pour défendre l’exonération », se plaint Victor Valdivia, qui rappelle que l’avantage fiscal a été mis en place pour compenser l’isolement géographique pénalisant la région et ses investisseurs. « Or, cette réalité n’a pas changé », souligne le président de la CCI de Loreto. Les entrepreneurs amazoniens se plaignent du manque d’infrastructures dont souffrent terriblement leurs régions, où les routes sont trop peu nombreuses.

Les chambres de commerce se battent aussi pour obtenir plus de vols internes à la région afin de désenclaver une population souvent réduite à ne voyager des jours entiers que via les fleuves d’Amazonie. Cas emblématique de « déconnexion », la région de Loreto est coupée du reste du pays. « Aucune route ne dessert Iquitos, la capitale du Loreto (260 000 habitants, ndlr) », s’indigne Victor Valdivia.

« Loreto partage 3 350 km de frontière avec la Colombie. Pour rejoindre le Putumayo, situé au nord-est de la région, il est obligatoire de pénétrer sur le territoire brésilien », raconte encore le dirigeant, qui tient à rappeler les conditions que doivent affronter la population et les entrepreneurs : « Quand je dois me rendre à la frontière nord-est du pays, qui est le point le plus éloigné, il me faut voyager pendant 22 jours sur le fleuve. » Une solution pourrait venir des coûteuses avionnettes qui desservent certaines localités, « mais elles sont trop peu nombreuses », déplore le président de la CCI, pour qui le manque d’infrastructures est un frein au développement de sa région.

« Aujourd’hui, l’économie du Loreto est basée autour du secteur pétrolier, du commerce et de l’exploitation forestière, et nous voudrions promouvoir le secteur touristique (Loreto étant au cœur de la jungle, ndlr), mais c’est très difficile quand on n’a pas les services basiques comme les axes routiers ou le téléphone », regrette Victor Valdivia, qui assure qu’ « il est possible de développer l’Amazonie si l’État décide d’investir ». Et de poursuivre : « Mais aujourd’hui, comment faire venir les entreprises s’il n’y a pas accès à l’eau et si l’on manque d’énergie? », dénonce le vice-président de la Fedecam.

L’ensemble des provinces amazoniennes souffre du manque d’infrastructures, mais aussi d’insuffisance énergétique. Même dans la région portuaire d’Ucayali, qui a pourtant enregistré en 2004 et 2005 le plus fort taux de croissance après Lima, ces carences se font sentir.

 

« Nous avons besoin de nouvelles sources d’énergie venant des fleuves ou du gaz », avance le président de la Fedecam, pour qui « ces problèmes sont des questions qui unissent les entrepreneurs de la région ». Tous sont aussi d’accord pour s’opposer à la loi dite « Corina » qui prévoit de dévier les eaux du Marañon et du Huallaga, deux fleuves immenses parcourant l’Amazonie, afin d’irriguer les côtes péruviennes que la sécheresse menace.

 

« C’est un projet qui aura des conséquences très graves sur l’environnement », gronde le président de la Fedecam Amazonie, qui regrette que les lois concernant la région soient prises à Lima. « De nombreuses décisions sont prises dans la capitale sans qu’on prenne la peine de nous consulter en amont », dénonce l’entrepreneur.

 

« On utilise la Fedecam et la Confiep en espérant qu’elles se rappellent de nous », avoue alors Victor Valdivia, confessant à demi-mots le degré fortement politique de cette nouvelle union. Promue par la Confiep – sorte de syndicats des patrons péruviens –, la Fedecam n’est ainsi pas reconnue par Perucamaras, l’association nationale qui s’enorgueillit de représenter les chambres de commerces de l’ensemble du territoire péruvien.

 

« Chacune des CCI fait partie de “Perucamaras” à titre individuel, mais dans le cas de la Fedecam, nous travaillons avec la Confiep », explique le président de la Fedecam, satisfait de cette nouvelle organisation qui pourrait avoir plus de répercussions sur les autorités politiques. Il espère convaincre le nouveau président de la République du Pérou, Ollanta Humala, de l’importance de mettre en place au plus vite un plan de développement intégral de l’Amazonie.