USA – Afrique : le pétrole en ligne de mire

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L’an 2000, l’Amérique de Clinton lance l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), un programme destiné à développer le commerce entre le continent noir et les États-Unis. Sept ans plus tard, les relations entre les deux parties se sont effectivement renforcées. Mais seuls quelques pays et secteurs en bénéficient vraiment.

Donnant, donnant. Avec l’arrivée des États-Unis sur le marché africain, c’en est définitivement terminé de la politique paternaliste menée traditionnellement par les puissances du Nord sur le continent noir. Place au partenariat avec un outil adapté : l’African Growth and Opportunity Act, Agoa (loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique). D’un côté, des engagements en faveur de la bonne gouvernance, la protection de la propriété intellectuelle, la lutte contre la corruption, la ­réduction de la dette et la levée des barrières sur l’entrée des biens et des investissements américains sur leur territoire. De l’autre, la possibilité pour les trente-huit pays d’Afrique subsaharienne répondant à ces critères et ayant demandé l’adhésion au pacte d’exporter vers les États-Unis à moindre taxe.

 

Six mille cent produits sélectionnés, du café du Rwanda à l’hydromel de la République démocratique du Congo en passant par les épices du ­Burundi et de São-Tomé-et-Principe, les meubles du Gabon ou encore les objets artisanaux du Tchad. Un démarrage timide. Mais ce programme porte aujourd’hui quelque peu ses fruits. En 2006, pétrole mis à part, le Cameroun exporte pour un million de dollars de produits : caoutchouc, noix de kola, bois sculptés et fleurs exotiques. Le Kenya inonde le marché américain de roses, ananas, oléagineux, huiles essentielles et vêtements. La République démocratique du Congo ­monnaye son cuivre affiné et son minerai de tungstène. En 2005, le Gabon vend pour 200 000 dollars de contreplaqué. Une entreprise rwandaise réussit même à placer ses paniers artisanaux dans les grands magasins Macy’s ! Depuis quatre ans, les exportations africaines vers les États-Unis se sont multipliées par six, passant de 10 à 60 milliards de dollars.

 

Ce succès visible cache pourtant de grandes disparités. Si les États-Unis renforcent leur place de premier partenaire commercial bilatéral de l’Afrique, le marché reste très concentré et ne profite qu’à un petit nombre de partenaires et à quelques produits. Grands bénéficiaires de cet Agoa : les pays producteurs de pétrole du golfe de Guinée. Le Nigeria génère à lui seul 47 % de ses exportations, l’Angola près de 20 % ! Derrière, l’Afrique du Sud tire son épingle du jeu avec 12 %, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad s’en sortent avec les honneurs. Les 31 autres nations n’ont que les restes à se partager, car hors pétrole, les échanges sont en baisse constante?: 16 % entre 2004 et 2006. Les grandes firmes et les sociétés publiques sont celles qui profitent le plus de cet Agoa, les PME en demeurant les grandes perdantes. Or, l’économie du continent repose sur les structures informelles et agricoles, et la grande majorité de la population tire ses revenus de ces deux secteurs. Des voix s’élèvent alors pour fustiger « la mauvaise foi » des États-Unis, dont le seul but ­serait de s’approprier le pétrole africain pour diversifier et ­sécuriser leurs ­approvisionnements énergétiques dans un contexte proche-oriental sous tension.

 

D’autres évoquent le manque de connaissances de terrain lié à une arrivée récente sur le marché. Mais le retard se comble : les entreprises américaines sont ­aujourd’hui celles qui investissent le plus en Afrique avec la mise en place d’un outil efficace?: le Corporate Council on Africa (CCA). Créé en 1992 et basé à Washington, cet organisme ­regroupe la plupart des entreprises américaines présentes en Afrique. Son objectif est de faciliter et renforcer les relations ­d’affaires. À travers ses membres, le CCA regroupe 85 % des ­investissements américains privés en Afrique. Price Waterhouse ­Coopers, Citigroup, HSBC, DaimlerChrysler, Motorola, General Motors, Exxon Mobil, Oracle, 3M, Microsoft… sont tous membres de cet organisme. Son rôle?: organiser des rencontres avec les décideurs africains en visite aux États-Unis, informer des ­différents appels d’offres et autres privatisations, animer des ateliers portant notamment sur l’environnement commercial, politique et social des pays africains. ­Enfin, établir des liens d’affaires entre des entreprises américaines et des PME africaines.

 

A la clé, de belles success stories. Lors d’un ­forum organisé à Accra (Ghana), un courtier en chaussettes de Caroline du Nord rencontre le ­directeur d’une usine de textile ghanéen. Entretiens, étude diagnostique… un accord de coopération est signé entre les deux hommes. Depuis, les chaussettes sont tricotées aux États-Unis, puis envoyées à l’usine d’Accra, où elles sont cousues, blanchies et conditionnées avant d’être ­réexpédiées aux USA pour y être commercialisées et distribuées. Plusieurs centaines d’emplois ont ainsi été créés à Accra. Le CCA incite ses membres à multiplier ce genre de partenariats. Sur le plan des investissements purs, des appels d’offres et autres prises de participation, la concurrence est de plus en plus rude sur le continent noir. La Chine est notamment à l’affût. Ce mastodonte, en pleine croissance économique, a des besoins énergétiques considérables. Il fait preuve d’une agressivité commerciale que l’Oncle Sam a du mal à contrecarrer. Dans ce contexte, les entreprises américaines n’hésitent pas à faire alliance avec des firmes chinoises bien ­implantées sur le continent africain. Ainsi en février, Daimler Chrysler a signé un accord avec Chery, quatrième constructeur automobile chinois, qui exporte déjà ses modèles dans une ­vingtaine de pays… principalement en Afrique.