Vers une taxe carbone australienne

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Pour lutter contre le changement climatique, le gouvernement australien envisage d’instaurer, à compter du 1er juillet 2012, une taxe carbone appelée à disparaître sitôt créé un marché d’échange de quotas d’émissions de CO2.

Pour certains, c’est un compromis. Pour d’autres, un revirement. Le 24 février dernier, le Premier ministre australien, Julia Gillard, a proposé l’introduction, à compter du 1er juillet 2012, d’une taxe carbone sur les industries polluantes, appelée à être remplacée par un marché d’échange de quotas d’émissions de CO2. Favorable à cette seconde formule, Julia Gillard s’était prononcée contre l’introduction d’une taxe avant les élections législatives de septembre. Mais confirmée de justesse à son poste grâce au soutien d’un élu écologiste et de trois élus indépendants, le Premier ministre semble avoir mis de l’eau dans son vin. Il est vrai que le sujet est politiquement sensible. Premier exportateur mondial de charbon et parmi les plus gros émetteurs mondiaux de CO2 par habitant, l’Australie a été touchée ces derniers mois par plusieurs catastrophes naturelles. Soucieuse d’éviter le sort de son prédécesseur, Kevin Rudd, évincé après l’échec de son Schéma de réduction de la pollution au carbone, Julia Gillard a mis en place un Comité sur le changement climatique en octobre 2010. Rassemblant à ses côtés le ministre pour le Changement climatique, Greg Combet, le leader des Verts et son adjoint, ainsi que deux indépendants, sa mission était d’étudier les options envisageables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est de ce comité qu’a émergé le compromis.

 

Débats houleux à prévoir
La taxe serait prélevée pendant une période de trois à cinq ans jusqu’à ce que l’Australie adopte un système d’échange de permis d’émissions. Dès lors, les pollueurs devraient acheter et vendre des permis, dont le prix serait fixé par la loi de l’offre et de la demande. Le gouvernement réduirait le montant global des émissions en limitant le nombre de permis disponibles sur le marché. Problème : ni le montant de la taxe à payer par tonne de CO2 émis, ni celui de la compensation transitoire aux industries les plus pénalisées et aux foyers les plus touchés par la poussée inflationniste induite n’ont encore été arrêtés. « Il va y avoir des conversations difficiles », a d’ailleurs reconnu Julia Gillard. Car même si elle est adoptée à la Chambre des représentants (House of Representatives) grâce au soutien des Verts et des Indépendants, l’introduction d’une taxe carbone devrait être débattue par le leader de l’opposition Tony Abbott et faire l’objet d’une bataille au Sénat. Redoutée par les ménages qui craignent une flambée des prix, cette taxe est en outre combattue par les milieux d’affaires. De grandes entreprises en ont ainsi appelé à des modifications. L’Australian Chamber of Commerce and Industry (ACCI), qui représente les chambres de tous les États et Territoires du pays, s’est quant à elle associée à une trentaine d’associations industrielles nationales pour réitérer son opposition.

 

« Cette démarche aura un coût significatif sur l’économie australienne sans bénéfice discernable pour l’environnement », a répété son directeur général Peter Anderson, convaincu qu’en l’absence d’action comparable de la part des pays concurrents de l’Australie, les industries les plus polluantes relocaliseront leurs opérations là où les règles sont moins contraignantes, provoquant une perte de compétitivité des produits australiens. Des syndicats ont certes proposé d’introduire une taxe de douane sur les produits importés pour compenser ce phénomène. Mais l’ACCI y est fermement opposée et plaide au contraire pour un abattement fiscal visant à compenser l’impact négatif d’une taxe, notamment pour les PME. « L’Australie doit s’assurer qu’elle dispose d’un accès continu à des sources d’énergie abordables, propres, efficaces et durables », a par ailleurs réaffirmé Peter Anderson. Et d’appeler le gouvernement à publier son livre blanc sur l’énergie pour nourrir le débat sur l’étendue des futurs besoins de l’Australie et les sources d’énergie potentiellement disponibles pour les couvrir. « Notre politique devrait promouvoir l’amélioration en matière d’efficacité énergétique et le développement des nouvelles technologie, tout en évaluant la capacité de l’économie à faire face à un changement progressif du mix énergétique du pays », plaide au final le directeur général de l’ACCI.