Ville de Montréal – Une stratégie orientée vers l’international

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La ville de Montréal vient d’adopter une stratégie économique très ambitieuse, répartie sur cinq ans. Cette initiative rapprochera Montréal International et la ville québécoise, qui travaillent d’ores et déjà en collaboration autour d’un même objectif : l’ouverture au monde. Gérald Tremblay, Maire de Montréal et président de la Communauté métropolitaine de Montréal, l’a expliqué à Commerce International.

Commerce International : Comment s’est mise en place la « Stratégie de développement économique 2005-2010 » de Montréal ?
Gérald Tremblay, maire de Montréal : « La stratégie de développement économique de la ville est le résultat d’un rigoureux processus de concertation et de consultation, amorcé à l’occasion du Sommet de Montréal de 2002. Cette rencontre avait permis à 3000 citoyens et représentants de la société civile de débattre sur les enjeux sociaux, économiques, culturels, environnementaux, et d’établir les consensus nécessaires au développement de Montréal. En novembre et décembre 2004, des audiences publiques sont venues compléter ce travail, le nourrissant d’une vaste documentation : réflexions en marge du sommet, diagnostics sur l’environnement d’affaires et les grands secteurs économiques, stratégies québécoise et canadienne de développement économique et d’innovation. En outre, des études ont été réalisées par la Communauté métropolitaine de Montréal, le comité conseil Montréal, ville de savoir, l’OCDE, le Conference Board du Canada, l’Institut de la statistique du Québec et Statistique Canada ».

C.I. : Qui sont les auteurs de la stratégie ?
G.T. : « Elle a été élaborée sous la supervision de trois comités constitués d’élus, de fonctionnaires de la ville de Montréal et des arrondissements, de proches partenaires. L’équipe de conception et de rédaction a eu des échanges avec les ministères économiques des gouvernements du Québec et du Canada. Un Comité d’orientation économique, issu du Sommet de Montréal, a également été constitué afin d’améliorer et de peaufiner la version finale de la Stratégie de développement économique de la Ville de Montréal ».

C.I. : L’objectif majeur, « hisser Montréal parmi les métropoles qui affichent les meilleurs niveau et qualité de vie en Amérique du Nord d’ici 2025 » est très ambitieux. Selon vous, qu’est-ce qui le rend réalisable ?
G.T. : « Les consensus qui ont été établis par la société civile lors du Sommet de 2002 ont notamment permis d’identifier une centaine de projets de développement majeurs pour Montréal. Ces projets représentent des investissements publics et privés de l’ordre de 64 milliards de dollars canadiens sur 20 ans (45 milliards d’euros, ndlr). Plus de la moitié de cette somme est attribuable à des investissements privés. Outre leur caractère éminemment structurant pour l’économie montréalaise, nombre de ces projets vont générer de retombées économiques importantes. Ce qui se traduira par une augmentation du PIB per capita (par habitant, ndlr), donc de notre niveau de vie.
Par ailleurs, une part importante des investissements publics des prochaines années sera consentie à l’accroissement du parc immobilier de chacune des quatre universités montréalaises, ce qui permettra à la fois d’accélérer notre virage en faveur de l’économie du savoir et d’accroître le taux de diplomation de la population. Or, les métropoles nord-américaines qui affichent les meilleures performances au chapitre du PIB per capita sont celles où la population est le plus fortement scolarisée.
Il faut noter aussi que Montréal compte deux grandes universités francophones et deux grandes universités anglophones, qui regroupent 160 000 étudiants – dont 17 000 proviennent de l’étranger ».

C.I. : Le plan a ciblé cinq grands axes d’intervention, presque tous liés à l’ouverture sur l’extérieur (au sein du Canada et dans le reste du monde) : en quoi cette orientation est-elle indispensable ? Et, surtout, en quoi peut-elle être couronnée de succès ?
G.T. : « Le développement des nouvelles technologies de l’information, notamment Internet, la création de l’OMC et la conclusion des accords commerciaux internationaux qui ont donné lieu à la formation de vastes zones de libre-échange (ALENA, ZLEA, Union européenne, ASEAN) ont ouvert les marchés et élargi la concurrence à l’échelle de la planète.
Dans ce nouveau contexte, l’activité manufacturière et, dans une certaine mesure, l’activité tertiaire, se déplacent vers les pays en développement, telles la Chine et l’Inde, disposant d’une abondante main-d’œuvre à coût peu élevé. Ces déplacements posent aux économies occidentales l’énorme défi d’assurer leur compétitivité.
C’est pourquoi les zones métropolitaines des pays développés, à démographie lente et d’un niveau de vie plus élevé, doivent d’une part se tourner vers les marchés extérieurs et d’autre part déterminer les moyens, essentiellement qualitatifs, d’optimiser la valeur de leur activité économique. Notre nouvelle stratégie de développement, extrêmement bien accueillie par les acteurs économiques montréalais lors de son lancement en juin dernier, établit que ces moyens doivent être : le savoir, la culture, la créativité, l’innovation et l’ouverture sur le monde. Montréal dispose déjà de ces atouts. C’est là, précisément, que réside notre gage de succès ».

C.I. : La mise en place de la stratégie ne va-t-elle pas renforcer la collaboration de la ville de Montréal et de Montréal International ?
G.T. : « La ville de Montréal est un partenaire de la première heure de Montréal International (MI). Quatre élus de notre ville sont nommés par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) pour siéger au conseil d’administration de MI. À titre de président de la CMM et de maire de Montréal, j’en fais donc partie. En outre, nous appartenons à plusieurs comités stratégiques de MI, notamment au comité exécutif et au comité Investissements Grand Montréal.
Au quotidien, les échanges administratifs entre la ville et MI sont fréquents et soutenus. La Stratégie de développement économique de Montréal a permis de faire valoir les facteurs d’attraction qui constituent des atouts pour la métropole, notamment une main-d’œuvre qualifiée, des coûts d’exploitation très compétitifs, une qualité de vie sans pareille et un environnement d’affaires hautement concurrentiel.
Tout ceci a permis à notre ville de préciser ses attentes à l’égard de MI et contribué à orienter le travail de prospection des démarcheurs de l’organisme auprès des investisseurs étrangers. La collaboration et la complémentarité entre la Ville et Montréal International sont nourries par des échanges fréquents et constructifs ».

C.I. : En quoi est-ce que le reste du Québec bénéficiera de la Stratégie de développement économique de la ville de Montréal ?
G.T. : « Selon les évaluations de l’Institut de la statistique du Québec, le produit intérieur brut (PIB) de la région de Montréal représente près de 50 % du PIB du Québec. C’est donc dire toute son importance comme locomotive de l’économie québécoise. Quand Montréal s’enrichit, c’est tout le Québec qui s’enrichit.
Montréal est le principal marché d’« exportation » des entreprises situées dans les régions du Québec. Nous sommes aussi un important « créateur » de capital humain : un grand nombre d’étudiants de nos lycées et universités trouve chaque année un emploi dans une entreprise à l’extérieur de Montréal. Il existe aussi chez nous une concentration de services professionnels et techniques (financiers, juridiques…) et plus de 200 pôles de recherche pour mieux innover et pénétrer de nouveaux marchés. En ce sens, Montréal est le centre nerveux de plusieurs secteurs industriels dynamiques, dont les sciences de la vie, l’aérospatiale, les technologies de l’information, le bioalimentaire et le vêtement, dont le dynamisme rejaillit bien au-delà de notre territoire immédiat ».

C.I. : D’après les informations à notre disposition, la Stratégie est alignée sur celle de la Communauté métropolitaine de Montréal. En quoi se rejoignent-elles ?
G.T. : « La ville de Montréal (1,8 million d’habitants) et la Communauté métropolitaine de Montréal (3,4 millions d’habitants, incluant Montréal) travaillent en symbiose. Nous partageons le même objectif : hisser Montréal parmi les métropoles qui affichent les meilleurs niveau et qualité de vie en Amérique du Nord d’ici 2025. C’est le défi collectif que nous voulons relever.La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), dont j’assume la présidence, est un organisme de planification, de concertation, de coordination et de financement dont les compétences touchent, entre autres, le développement économique. Un de ses rôles est de doter la région métropolitaine d’une vision commune et de services cohérents, lesquels nous permettront d’être compétitifs à l’échelle internationale.
La stratégie de développement économique de Montréal vient compléter le plan de la CMM, en identifiant les actions et les projets prioritaires que la ville entend réaliser sur son territoire, de concert avec l’ensemble de ses partenaires ».

C.I. : Pourquoi Montréal plaît-elle autant aux entrepreneurs, entreprises étrangères, étudiants de tous pays ? Outre ses atouts économiques, qu’est-ce qui, à votre avis, fait son charme ?
G.T. : « La stratégie de développement économique et des études comme Montréal, ville de savoir le soulignent : l’une des plus précieuses richesses de Montréal est la qualité de vie qu’elle offre à ses résidents et visiteurs. La sécurité, l’ouverture sur le monde, la joie de vivre, la paix sociale, le coût de la vie – notamment celui du logement – la qualité de l’environnement physique et l’originalité de notre patrimoine architectural sont des éléments qui distinguent et avantagent Montréal aux yeux du monde.
Montréal offre des conditions économiques et fiscales des plus attrayantes. Nous sommes reconnus comme une des métropoles où le coût pour « faire des affaires » est parmi les plus bas. La ville offre aux entrepreneurs un bassin unique d’employés multiculturels, multilingues, hautement éduqués – grâce à un réseau d’institutions d’enseignement supérieur de calibre international – et reconnus de plus en plus pour leur grande créativité. Notre position géographique, culturelle et linguistique, à mi-chemin entre Silicon Valley et l’Europe, fait de Montréal un lieu idéal pour concevoir un ensemble de produits novateurs dans un environnement stable et sécuritaire ».

C.I. : Outre la Stratégie de développement économique, quels sont les principaux projets en cours au sein de votre ville ?
G.T. : « En septembre dernier, j’ai dévoilé un vaste plan de développement de Montréal pour les vingt prochaines années. Sous le titre Imaginer Réaliser Montréal 2025 – Un monde de créativité et de possibilités, ce plan vise à accélérer la réalisation des projets et à accroître la qualité des services municipaux, afin d’améliorer constamment le milieu de vie des citoyens. Le plan s’articule autour de deux grands volets : le renforcement de l’administration municipale et la planification intégrée du développement du territoire. J’ai également annoncé, à cette occasion, la mise en place d’un groupe d’intervention stratégique et tactique dont le mandat est d’assurer la mise en œuvre d’Imaginer Réaliser Montréal 2025 ».