William Bourdon: « Les États sont obligés de masquer leur impuissance face à une nouvelle gouvernance mondiale »

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Spécialisé dans la défense des droits de l’Homme, William Bourdon est un avocat engagé. Son livre dresse un état des lieux des outils juridiques face aux « crimes du marché » et propose des solutions pour « réguler les entreprises transnationales ».

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Commerce International : Que pensez-vous des propos sur la « moralisation du capitalisme financier », entendus notamment lors du dernier G20 ?

 

William Bourdon : « Les États sont obligés de masquer leur impuissance face à une nouvelle gouvernance mondiale où ils perdent petit à petit leur souveraineté. Malgré ses récents efforts, Barack Obama peine à s’imposer vis-à-vis de Wall Street. Il faut donc répondre aux nombreux problèmes posés par une triple privatisation : celle du droit, de la société civile et de l’espace public. Or, aucun changement en profondeur des acteurs du marché ne s’opérera sans la menace de sanctions judiciaires. »

 

Vous revenez sur des procédures engagées à l’encontre de groupes comme Total, Nike ou Rougier. La moralisation du capitalisme dépend-elle de procédures judiciaires marquantes ?

 

W. B. : « La société civile doit se saisir des leviers juridiques. N’attendons pas un grand soir judiciaire pour agir : il existe des niches de droit qui permettent de faire peser la menace de sanctions afin de mettre les multinationales devant leurs propres contradictions. D’un côté, elles lancent de vastes plans de communication sur le développement durable, adoptent des “ codes de bonne conduite ” ou nouent des partenariats avec des ONG (ce que je ne diabolise pas) ; de l’autre, elles sont à l’origine de crimes et dommages sur le terrain, souvent dans leurs filiales. Une meilleure coopération entre ONG est pour cela nécessaire, grâce à la mutualisation des compétences notamment. »

 

Avec vos 39 propositions, vous témoignez d’un certain optimisme…

 

W. B. : « Les défis à relever sont immenses. Mais en fil rouge, on constate que le marché essaie d’inventer un nouveau droit mou à l’échelle de la planète et qu’une partie de la société civile s’enlise dans une propagande portée par la logique de l’argent et de la pensée unique, car l’effet est anesthésiant. Face à ce marché de dupes et à la complexité des mécanismes, il faut inventer d’autres systèmes normatifs. D’où les propositions élaborées au sein de l’association Sherpa (1), qui encouragent une nouvelle forme de responsabilité pour les secteurs privé et public. »

 

(1) Association fondée et présidée par William Bourdon : www.asso-sherpa.org.

 

Face aux crimes du marché
William Bourdon, La Découverte (février 2010)
276 pages, 23 € – £19.97